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Matoub Lounès est né un certain 24 janvier 1956 à Taourirt Moussa (Béni Douala), en Haute Kabylie. Très jeune déjà , avec la guerre civile de 1963, il prit conscience du déni identitaire qui se mettait en place.
En 1968, Matoub Lounès refusa d'aller à l'école pour protester à sa manière, contre l’arabisation que venait d’instaurer Boumediene. « Je parle berbère à la maison, à l’école j’apprends que mes ancêtres sont les Arabes, avant 1962 c’était les Gaulois, qui sommes-nous donc ?» Il était très porté sur la musique, à laquelle il s’initia à l’oreille. Ce fut en 1978 avec l’aide d’Idir que son premier album « A yizem anda tellid (Lion où es-tu) ?» vit le jour. En 1980 c’est de Paris qu’il suivit les événements du Printemps Berbère. Il regrettait de ne pas être présent en ce jour historique, il était retenu par un concert qu’il devait donner à l’Olympia. De cette scène mythique il a rendu hommage à ses compatriotes, et a dénoncé la répression de l’armée. Juste après, il dédia une chanson pour l’évènement « Si Skikda it n id fkène (Ils les ont envoyés de Skikda), faisant allusion aux commandos envoyés réprimer violemment la protesta kabyle.
Depuis, il n’a cessé de glorifier les combattants d’hier contre le colonialisme, et de blâmer, de critiquer vivement les dirigeants d’après guerre, qui se sont imposés par la force jusqu’à éliminer tous ceux qui les gênaient. Durant les années 90 il fustigeait les islamistes, et se revendiquait de la laïcité, après la démocratie et la berbérité. La revendication identitaire est restée l’essentiel de son combat, car la seul capable de faire face à l’islamisme, et de lui tenir tête. Matoub a tout chanté, l’amour aussi, l’amour fou pour Djamila.
Dans « A tarwa l’hif» (Les enfants de la souffrance), il faisait allusion à tous ceux qui ont été emprisonné, sous Boumediene, Chadli et après. Il a dénoncé l’imposture (Aghuru) et dans « Ffagh ay ajrad tamurt-iw » (Criquets quitter mon pays), il suggérait à ceux qui se considèrent arabes au pays des Amazigh, de rentrer chez eux en Arabie. Et puis il y a eu cette fameuse « Lettre au président ».
En 1988, lors des émeutes d’octobre, il est arrêté par des gendarmes alors qu’il se rendait en haute Kabylie pour remettre des tracts. L’un d’eux lui tira 5 balles dans le corps. Cet épisode de sa vie l’a profondément marquée et a amplifié sa détermination. Il a passé six mois de convalescence et a subi 14 opérations en moins de deux ans. Il en a parlé dans la chanson « Ironie du sort ». Malgré tout il refusait d’abdiquer, parlant des privations du peuple, il disait : « Fort heureusement que le soleil brille pour tout le monde, s’il fallait l’importer d’ailleurs, il ne brillerait que pour eux ».
Il n’était pas au bout de ses peines. En septembre 1994, il a été enlevé par un groupe armé, alors qu’il était attablé à un bar en soirée. Un enlèvement qu’on a attribué au GIA (Groupe Islamique Armé), et qu’il a confirmé à sa libération 15 jours après. Aujourd’hui, peut-on vraiment être encore aussi catégorique ? Pouvaient-ils le laisser partir, quand on sait les sentiments qu’il avait à l’égard des islamistes et les propos virulents qu’il tenait à leur égard ? A ses amis et autres qui lui conseillèrent après cet événement de partir, car sa vie était menacée, il avait répondu : « Je suis de la race des guerriers », « Ils peuvent me tuer mais ils ne me feront jamais taire », « Je préfère mourir pour mes idées que de lassitude et de vieillesse ». Mais on a relevé chez lui du dépit, comme s’il avait perdu toute illusion. Notamment à cause de la désunion des militants kabyles face au jeu du pouvoir. Celui-ci s’était bien inspiré de « La bleuite » appliquée par l’armée française en Kabylie, pour créer la méfiance et la suspicion entre eux.
Le 25 janvier 1998, nous étions à quelques jours de l’application de la loi sur l’arabisation. Il a été criblé de balles, dans une embuscade tendue par des hommes armés, sur la route de Béni Douala, pas loin de Tizi Ouzou. Un « héros des temps modernes », venait de disparaître. Lui qui refusait de se taire, celui qui disait « A ces représentants du pouvoir, je dénie le droit de débarquer en Kabylie en conquérants. Je refuse leur tutelle », n’allait plus parler. Onze ans après, sa mère revendique toujours la vérité sur l’assassinat. Connaîtra t-on un jour qui a commandité le crime ? L’enquête selon la famille et les avocats a été bâclée volontairement. On a accusé le GIA, mais pourquoi ne l’ont-ils pas fait quand ils l’avaient enlevé ? Pourquoi les GIA aurait attendu tout ce temps (1998), alors qu’ils avaient toute la latitude de le faire auparavant ? Les meurtriers de Matoub, comme de bien d’autres, courent toujours. Qui sont-ils ?
Depuis ses chansons, ses paroles continuent de parler pour lui, des hommages aussi :
