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La Maison de la Culture Taos Amrouche de la capitale la Petite Kabylie, a reçu ce week-end l’écrivain-journaliste Hafida Ameyar et la moudjahida Fiorio-Steiner. Une rencontre qui se voulait avant tout un hommage à deux femmes engagées, chacune en son temps et à sa manière. Une rencontre avec le public de deux femmes, deux générations, l’une ayant voulu faire sortir l’autre de l’ombre. Hafida a donné la parole à Annie, et nous rapporte dans son nouveau livre « Annie Fiorio-Steiner : une vie pour l’Algérie », son témoignage sur la guerre de libération.
De son nom complet Annie-Virginie-Blanche Fiorio-Steiner, la militante est née le 7 février 1928 à Marengo, l’actuel Hadjout, d’un père d’origine italienne et d’une mère française. Elle se marie en 1951 avec un Suisse Rudolf Steiner, qui lui donnera deux filles, Edith et Ida.
Dans ce livre-témoignage, elle nous livre ses souvenirs, faits de sacrifices; ses souffrances et sa fierté d’avoir accompli ce qu’elle considère comme un devoir. Tout son amour pour l’Algérie, apparaît dans ses paroles.
Le 1er novembre 1954 elle a 26 ans, elle est très sensible à la souffrance des Algériens : « Trop c’est trop, il y avait trop de haine, de mépris et d’injustice chez l’occupant… », si bien qu’elle prend contact immédiatement avec le FLN. Elle s’engage comme agent de liaison, ce qui lui vaut rupture avec son mari, ses deux enfants et le reste de la famille. Pour l’Algérie, pour le peuple algérien, elle consent cet énorme sacrifice. Après deux années d’intense activité pour la révolution, elle est arrêtée en octobre 1956.
Le témoignage d’Annie nous entraîne alors dans les six prisons (3 en Algérie et 3 en France), où elle a été incarcérée avec tant d’autres militantes. Elle nous raconte la violence de l’univers incarcéral, où se mêlent toute sorte de prisonniers (politiques, criminels, prostituées etc…). Elle termine avec un clin d’œil à l’Algérie post-indépendance. « Je parle aujourd’hui parce que les moudjahidine et les moudjahidate disparaissent les uns après les autres, et parce que j’ai vu aussi comment on traite les vrais moudjahidine, comment on les méprise. J’ai donc décidé de parler, pour laisser quelques traces. (…) Je m’exprime aujourd’hui pour briser le silence et parler avant tout de celles qui sont mortes.” Elle s’en prend même à ceux qui ont usurpé le pouvoir, ceux qui ont volé aux Algériens leur indépendance chèrement acquise :
“Je n’ai pas fait cinq années de prison et perdu mes enfants, pour voir l’Algérie pillée comme au temps du colonialisme, pour que Monsieur Mohamed remplace Monsieur Pierre. Il me semble évident que bientôt, tous ces prédateurs avides et sans scrupules, pour qui les textes juridiques ne sont que du papier, auront en face d’eux des jeunes et des moins jeunes qui leur demanderont des comptes.”
Pour en revenir à la rencontre elle-même, qui a drainé un nombreux public, les deux dames ont été fortement sollicitées que ce soit pour dédicacer (Ameyar) ou répondre à une multitude de questions ( Fiorio-Steiner). Grande émotion collective quand une jeune fille est venue lire « La profondeur d’une tragédie », poème écrit en prison par l’ancienne prisonnière de guerre le 11 février 1957. Pareil quand elle a répondu “Je sentais que c’était un devoir, mon devoir », à un jeune lui demandant pourquoi elle s’était engagée.
Merci à la maison de la culture Taos Amrouche, d’avoir fait découvrir au public ces deux grandes dames. La dédicace « À tous les inconnus, les ‘sans-voix’ qui ont fait de l’Istiqlal une réalité.” qui figure dans l’ouvrage, est à elle seule un grand hommage et une reconnaissance à ces hommes et ces femmes qui se sont battus tout simplement pour la liberté, dans l’anonymat ou à qui la parole a été confisquée, ou encore ont été éliminés.
Par Mus
