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Le témoignage poignant d'une fille de harkis: entre deux cultures
novembre 2006
Pas de rature, pas de gras. Zahia Rahmani raconte avec la plus grande des justesses comment elle en vint à reprendre le chemin des origines. Née en septembre 1962 en Grande Kabylie, elle passa les cinq premières années de sa vie retirée de tout, mise à l'index en raison de la condamnation de son père comme harki. «Je suis une fille, écrit-elle, j'ai deux sœurs dociles, six frères et un père qui me reproche ma naissance. [...] C'est pour moi, dit-il, qu'il est resté. Et ce n'est que lorsqu'il s'est évadé de prison, venant en France, que je le rencontrerai en 1967.»OAS_AD('Position2');
Sans cesse emportée par son «excessif besoin de liberté», elle a refusé de se plier, de porter le vêtement étriqué qu'on lui proposait. Depuis des jours, sa mère est malade du cœur. Alors qu'elle la veille, remontent les souvenirs. Stone et Charden, Fifi Brin d'Acier ou Black Boy de Richard Wright, qui lui enseigne l'homme noir et le paria, marquèrent ces années-là. Sans doute pas autant que sa mère, méfiante envers ce qui était étranger à sa culture.
Prénommée Ourida, cette dernière est née dans les montagnes de Kabylie. Même installée dans l'Oise, région autrefois réputée pour ses brosses, la mère de Zahia Rahmani ne parlait que dans sa langue, le kabyle. Elle voulait ses enfants «polis, souriants et propres», leur martelant: «Vous n'êtes pas ce qu'ils pensent que vous êtes» et leur intimant: «Ne devenez pas ce qu'ils veulent que vous deveniez» ... Il y a aussi dans ce récit poignant des pages terribles sur un père blessé, qui la traite de pute parce qu'elle fixe son regard sur une publicité à la télévision, ce «poste livreur d'histoires», pour le savon Cadum où l'on aperçoit quelques miettes d'une femme nue avec son enfant: «Pour vous vaincre, le mâle vous humilie. Et cette lâcheté, cette impureté tuent l'enfance en vous. C'est par cette mort que l'on fait de vous une femme.»
Avec une prose sobre et tenue, Zahia Rahmani fait revivre la gamine qu'elle fut, celle qui se demandait ce qu'elle faisait là, dans cette campagne française qui découvrait pour la première fois des étrangers. «J'appartiens à une génération adulte et instruite, souligne-t-elle, qui a très tôt compris qu'elle devait s'émanciper de toute revendication communautaire ou religieuse. Nous sommes ce que nous sommes aux yeux des autres seulement.» |
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