|
Si Mohand Ou M’Hand, Errance et révolte
Si Mohand Ou M’Hand Ath Hammadouche est né vers 1845 et est mort en 1906 (d’après Boulifa). Si la date de sa mort semble établie, celle de sa naissance est approximative. En effet, l’Etat Civil en Kabylie n’a pas eu d’existence officielle avant 1891. Il naquit donc dans l’ancien village de Chéraïouia où son père Mehand Améziane Ou Hammadouche, originaire de Aguemoun, s’était réfugié pour échapper à une vendetta. Après 1857, le village de Chéraïouia fut rasé et à son emplacement fut édifiée la citadelle de Fort-National (Larbaâ Nath Irathen). L’autorité militaire attribua aux habitants un terrain à 10 Km au nord, près de Tizi-Rached, qui appartenait à une zaouïa.
Poète célèbre de la tradition orale kabyle, décédé il y a un siècle, a fait l’objet de plusieurs recueils et d’études spécialisées. Son oeuvre est relativement bien connue.Parfois appelé à tord ou à raison le Verlaine kabyle, Si Mohand Ou Mhand jouit d’une notoriété incontestable dans l’Algérie d’aujourd’hui,grâce en particulier aux nombreuses études qui lui ont été consacrées. Ses poèmes ont été répertoriés et traduits par plusieurs hommes de lettres algériens, et principalement par Mouloud Mammeri (1969). Si Mohand naquit aux alentours de l’année 1849 à Icheraïouen, village déplacé plus tard près de Tizi-Rached mais qui se trouvait à l’époque dans l’actuel site de Larbaa Nath Iraten (autrefois Fort National).
Sa famille était celle des Aït Hamadouche. En 1857, le maréchal Randon se lança à la conquête du coeur kabyle. Le village de Si Mohand fut détruit. En ces temps troublés, le poète suivait des cours dans une école coranique, puis il continua ses études dans la prestigieuse zaouïa de Sidi Abderrahaman des Illoulen, si bien qu’il devint taleb. En fait, la population s’est répartie, pour une faible part sur ce terrain où naquit la nouvelle Chéraïouia, mais pour la plupart aux alentours de Fort-National. Les parents de Si Mohand s’installèrent à Akbou, au lieu-dit Sidi-Khelifa. Son oncle paternel, Cheikh Arezki Ou Hammadouche, maître en droit musulman y avait ouvert une zaouïa où un taleb enseignait le Coran, non seulement aux enfants de la famille mais aussi à tous ceux du village. C’est là que Si Mohand commença ses études avant de rejoindre l’importante zaouïa de Sidi Abderrahmane Illoulen (Michelet). La famille était aisée et l’enfance de Si Mohand heureuse.
Issu d’un milieu de paysans aisés, il a eu une enfance assez heureuse, mais sa vie bascula avec l’insurrection de 1871. Sa famille, dont les membres s’engagèrent dans la révolte, furent activement recherchés. L’un s’enfuit en Tunisie, un autre fut déporté en Nouvelle-Calédonie, le père de Si Mohand fut fusillé. Et Mohand lui-même échappa de justesse à la mort. Si Mohand,stable jusqu’ici, se voit brusquement projeté dans l’errance. Alors que les Aït Hamadouche dispersés cherchent refuge ailleurs, lui va parcourir villes et villages, se laisser aller à boire,courir les filles et proclamer dans ses poèmes sa douleur des temps nouveaux. Il se marie, mais il continue à boire et à fumer du hashish. Sa belle-mère, pour se débarrasser de lui, tente même de l’empoisonner. Finalement il divorce et s’en va de par les chemins, ne rentrant qu’épisodiquement au pays natal. Il va ainsi parcourir l’Algérie, aller jusqu’en Tunisie où des membres des Aït Hamadouche s’étaient fixés. Bône (actuellement Annaba) et sa région semblent l’attirer. Il s’y fixe un moment, puis repart pour d’autres cieux. Durant sa vie vagabonde, il va partout rimer, et semer des poésies à tous vents.
Toute l’oeuvre de Si Mohand ressemble à une confession. On peut y voir les rêveries d’un poète solitaire et l’expression subjective et privilégiée des émotions et des sentiments humains. Hormis quelques formules proverbiales, on n’y trouve en effet aucun didactisme ou moralisme. Si Mohand est un « sentimental » qui utilise le sentiment comme fonction prédominante, son rapport au monde l’est également, ainsi que son expression poétique, révélant une grande richesse intérieure et une profonde sensibilité. Les éditeurs de ses poèmes et commentateurs ont relevé trois thèmes principaux : l’amour,l’exil et le destin. Mais d’autres thuriféraires ont accordé plus d’attention au thème de l’errance. Vers les dernières années de sa vie, il rend à Aïn el Hammam (autrefois Michelet) pour visiter le vénérable Cheikh Mohand Ou Lhoussine. Si Mohand mourrut en 1906 à l’hôpital des Soeurs Blanches de Michelet et fut enterré au sanctuaire de Sidi Saïd Ou Taleb. Le poète y comptait des amis qui réglèrent les frais des funérailles et l’accueillirent dans leur cimetière. Il demeure parmi eux.
|
|