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Kabylie’s blues
Un film documentaire et musical de Jean-Michel Plouchard
Il est évidemment impossible d’être exhaustif concernant les chanteurs Kabyles ou renvendiquant une origine Kabyle - et tel n’est pas le but de ce film. Un choix s’est donc imposé basé sur la diversité des paroles et des générations et surtout des parcours – souvent exemplaires -, des univers personnels, poétiques et politiques différents - voire divergents - afin de présenter une pluralité de regards et d’éviter les partis-pris trop faciles
Ainsi, parler de Kabylie en chansons, ce ne sera pas simplement évoquer ses beaux paysages où les montagnes du Djudjura se fondent dans la mer, c’est, pour nous, d’abord parler d’une identité culturelle - quasi irréductible au cours des siècles en un film mêlant l’histoire, l’actualité et la «variété». Matoub Lounes parlait ainsi de cette identité :
La vie de mon peuple contient la somme de l’expérience des hommes. D’où le rapport charnel que j’ai avec ma terre natale, mes racines. La culture amazighe est, pour chaque Imazighen, la pierre de touche de son identité » Matoub Lounès.
Irréductible aux invasions romaines, à l’expansion arabe, à la domination turque, à la colonisation française, à peine plus grande qu’un mouchoir de poche face à l’immensité algérienne, depuis toujours - et bien avant «l’unification» du pays, la Kabylie joue les trouble-fêtes. Singularité linguistique d’abord - la Kabylie est, en effet, aujourd’hui, la région d’Algérie où il y a le plus de berbérophones monolingues. Singularité sociologique et culturelle - pour nombre de raisons, dont l’émigration, la Kabylie a su se forger une personnalité dans laquelle s’harmonisent, sans préjudice l’une de l’autre, la tradition et la modernité. Singularité politique enfin - sans remonter jusqu’à l’histoire profonde et bien avant le printemps bèrbère de 1980 ou le printemps noir de 2001, les grandes révoltes anti-coloniales ont pris corps ou forme en Kabylie.
«Qu’est-ce que la Kabylie ? Qu’est-ce que cette contrée dont le nom a si souvent retenti dans la presse, comme autrefois dans nos discussions publiques ?» Ces questions ne sont pas nouvelles. Elles auraient pu, en effet, dater du Printemps noir. Mais non ! Elles ont été posées dans ces mêmes termes déjà en 1856 par le général Eugène Daumas (1802-1871), un officier qui a participé à la conquête de l’Algérie.
Dans une étude intitulée tout simplement La Kabylie, qui a servi de manuel aux officiers de la conquête, Daumas poursuivit un questionnement qui résonne comme une préoccupation d’aujourd’hui. La Kabylie reste, sans doute, aux Algériens aussi méconnue, aussi bardée de clichés, de lieux communs, qu’elle ne l’était aux Français.
(...)En disant «je suis oranais», vous venez d’Oran. Si, par inadvertance, vous osez dire «je suis kabyle», vous mettez en danger ipso facto l’unité nationale.
Arezki Metref, Le Soir d’Algérie, 2004-2005
Loin de nous la prétention de répondre à cette question, mais bien plutôt de la poser aussi en laissant parler ceux qui la chantent, ceux qui les écoutent, ceux qui la vivent. On les nomme Berbères - les "Barbares" de l'époque romaine -, eux s'appellent Imazighen, les "hommes libres"... Mais qu'est-ce qu'un "homme libre" en ce monde d'ici ; a-t-il sa place autrement qu'en chimère : entre-pris ou entre-parenthèses ?
Je parlais "d’entre-deux" au début, c’est ce que l’on trouve en forme de lieux commun. Il faudrait plutôt dire entre-trois :
la Kabylie elle-même, terre-racine,
l’Algérie, terre-patrie, ou qui, pour certains, se voudrait telle,
et la France, terre d’accueil ou d’exil, terre bien souvent mal nourricière.
C’est en cet entre-trois que vivent les Kabyles, en ces lieux bien souvent peuplés de trop d’absences, que nous les interrogerons.
Résumé peut-être, ou clin d’œil :
comment être un « Kabyle mental » ?
Comment vivre en « Kabyle mental » ?
Contact : Jean-Michel Plouchard
mail : traquedarts@aol.com |
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