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Akbou : réminiscence de Jean Amrouche El Mouhoub

Actualité - Culture


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Akbou :  réminiscence de Jean Amrouche El Mouhoub C’est sous le slogan «Convergences, la poésie au service de l’environnement», que s’est déroulée du 27 au 30 décembre 2011 la cinquième rencontre poétique amazigh de la Soummam.

Organisée depuis 2006 par l’association « L’étoile d’Akbou », elle a réuni des poètes venus de Tizi Ouzou, Bouira, Boumerdes, Sétif, Bordj Bou Arreridj, Ghardaïa, Tissemsilt, Batna, Khenchela et bien sur Béjaïa. Quatre jours durant, le nombreux public s’est régalé des vers de ces aèdes, et par la même rendu hommage à Jean El Mouhoub Amrouche (1906-1962). Professeur de lettres, poète, journaliste et écrivain engagé, critique littéraire, animateur de revues, l’âme du fils d’Ighil Ali (Béjaïa) a plané sur ce rendez-vous poétique amazigh. Il disait lui-même « Kabyle de père et de mère, profondément attaché à mon pays natal, à ses mœurs, à sa langue, amoureux nostalgique de la sagesse et des vertus humaines que nous a transmises sa littérature orale, il se trouve qu'un Hasard de l'histoire m'a fait élever dans la religion catholique et m'a donné la langue française comme langue maternelle »

Louable initiative donc de l’Etoile d’Akbou, que de sortir de l’oubli, celui qui a contribué dans une large mesure à sauver de l’oubli une partie de notre patrimoine. Il est sans aucun doute celui qui a offert à la littérature nord-africaine d’expression française ses premiers poèmes, où spiritualité et identité prédominent. Alphonse de Lamartine (poète et homme politique français 1790-1869) ne disait-il pas « Les poètes sont les voix de ceux qui n’ont pas de voix ». Jean Déjeux (grand critique de la littérature maghrébine de langue française 1921-1993) écrivait à propos de Amrouche « …militant fougueux de la cause algérienne…il exprima son déracinement et sa quête du paradis perdu et des ancêtres dans ses recueils de poèmes… » Alors qu’Henri Kréa (auteur Algéro-Français) le considère comme « La réincarnation intellectuelle de Jugurtha » Le frère de Taos Amrouche se considérait investi d’une mission, celle de transmettre un message. Seulement il est resté sans auditoire, suite au déclin de la langue française en Algérie et de l’arabisation effrénée menée dès l’indépendance. Et selon ses proches, il en a énormément souffert. Normal pour celui qui revendiquait sa kabylité dans un de ses poèmes :

« Nous voulons la patrie de nos pères
la langue de nos pères
la mélodie de nos songes et de nos chants
sur nos berceaux et sur nos tombes
Nous ne voulons plus errer en exil
dans le présent sans mémoire et sans avenir
… »

Durant la guerre, alors qu’il était un fervent défenseur de la cause algérienne, il a été chassé par Michel Debré de Radio-France où il était intervenant. De Gaule l’a réintégré un an après pour lui servir en 1960 de médiateur entre lui et Ferhat Abbès (il fut à l’origine de la rencontre entre De Gaulle et Ferhat Abbès en 1959 alors président du GPRA). Le destin a voulu qu’il décède le 16 avril 1962 d’une leucémie, un mois après les accords d’Evian et l’assassinat de Mouloud Feraoun.

Pour en revenir à cette rencontre poétique, plusieurs poètes en herbe sont venus concourir. Un rendez-vous qui permet ainsi d’enrichir, de valoriser et de faire connaître le patrimoine poétique amazigh. Les lauréats, dignes héritiers de la longue tradition orale kabyle, ont tout simplement conquis le public, et impressionné le jury. Le premier prix du jury est revenu au jeune Akli Aït Boussad (Tizi Ouzou), le second à Fares Abderrezak (Tizi Ouzou) et le troisième à Fahem Djoudi (Béjaïa). Notons que ces gagnants vont bénéficier d’une édition gratuite de leurs recueils.

Une fois de plus, et comme chaque année depuis 2006, l’association l’« Etoile culturelle » d’Akbou s’est distinguée, habituée qu’elle est à rendre hommage à des femmes et des hommes de culture, des journalistes, et autres artistes. Concernant la poésie, les précédentes éditions ont mis à l’honneur Si Muhend U M’Hend (Le poète errant), Saïd Amlikech,( Le poète de la résistance à la colonisation française) Na Rahama Ouaissa (poétesse), Maraoui Rabah dit ammi Saïd (« Des mots pour des maux » pour lequel il a obtenu le 2ème prix de poésie en 2010). Pour rappel, l’Etoile Culturelle d’Akbou a également organisé en novembre 2008, une rencontre poétique amazigho-catalane « Voix parallèles ».

Quelques publications de Jean El Mouhoub Amrouche :

  • Cendres : poèmes de 1928 à 1934 où il est question de solitude, d’exil, de déchirure et fortement imprégnés de spiritualité : Angoisse de la jeunesse, Brisures, Arrachement, Dénuement, Scories, Le soleil froid, La vie et la mort, Fièvre.
    « Ma jeunesse éclatera sur le monde des ombres
    Et tous les cœurs éteints
    Ranimés par mon cri
    Sous la violence d’un amour de feu
    S’ouvriront au soleil
    Et par la Terre humaine, à flots
    Roulera
    le sang vermeil du Grand Amour
    »
  • Etoile secrète (1937) : Jean ne s’est jamais vraiment remis de la coupure de son milieu kabyle, créant chez lui un malaise permanent. Il l’exprime dans ce recueil, où il est en quête d’un paradis perdu.
    « Je veux aller trouver les Anges, mes frères,
    Dans le pays muet que renferme mon cœur
    »
  • Chants berbères de Kabylie (1939): Jean a exprimé en français, des contes kabyles qu’il a recueillis de la bouche de sa mère pour en faire un trésor de la poésie universelle. Sa sœur Taos Amrouche les a complétés pour les chanter, alors que Tassadit Yacine les a traduits en berbère en 1989.
  • L’éternel Jugurtha (1946) :

Jean a exprimé dans ce texte la sensibilité et l’identité berbère (kabyle), les qualités éternelles de l’Africain du Nord qu’il identifia à Jugurtha, dont notamment l’insoumission. Huit ans plus tard (1954), l’ordre colonial a été ébranlé par la révolution armée.

Notons que Jean Amrouche a été également l’auteur de dizaines d’articles de presse, dont notamment « La France comme mythe et comme réalité » où il contestait l’ordre colonial ; d’autres publications et correspondances. Il s’est également imposé comme un grand critique avec des dizaines d’entretiens radiophoniques (Radio France de 1949 à 1957), avec de grands écrivains, poètes et dramaturges. On citera François Mauriac, André Gide, Pierre Emmanuel, Paul Claudel, Jean Giono, Giuseppe Ungaretti, Pierre Emmanuel, Marcel Jouhandeau… On considère à juste titre qu'il est l'inventeur du principe des entretiens littéraires. Deux CD regroupent des archives d’enregistrements d’émissions.

Par Mus

jean amrouche

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