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De quoi pouvait rêver de mieux la population de Tam, pour clore le festival national de la musique et de la chanson amazighe ?
Cela faisait 20 ans qu’il ne s’était produit sur une scène algérienne. Ainsi en avait décidé les autorités comme pour touts ceux qui ne rentrent pas dans leur moule. Et ce retour de l’enfant prodigue de Tixeraïne était des plus grandioses. Takfarinas qui avait soif de son public dont le pouvoir l’avait frustré, a mis toute son énergie et ses tripes pour offrir un spectacle historique. Ils sont partis même de Kabylie, d’Alger pour assister à l’événement et il ne les a pas déçus. «Le désert, c’est nous, c’est l’amazighité, c’est l’authenticité», clama –t-il dès son entrée sur scène. Ils étaient des milliers, difficilement contenus par un service de sécurité impressionnant à l’occasion, à s’agglutiner sur l’esplanade du 1er novembre. Et quelle émotion quand l’artiste se lança dans sa complainte « Idhili kane » (comme si c’était hier) touchant le public de plein fouet, une complainte mélancolique qui retrace sa propre vie avec ses hauts et ses bas, surtout ses bas.
Pour en revenir au festival qui était à sa quatrième édition, une semaine durant l’Ahaggar a vibré au rythme de la musique amazigh dans toute sa diversité. Au vu de ce qui a été présenté lors de ce festival, on peut avancer que la chanson qui s’exprime dans la langue de nos ancêtres se porte plutôt bien. La rencontre qui est le prolongement des festivals locaux organisés en Kabylie, dans les Aurès, le M’Zab et l’Ahaggar, permet aussi aux artistes d’expression amazigh de se croiser, échanger leurs expériences et se connaitre. Pour cette 4ème édition, les organisateurs ont concocté un plateau de choix, avec pas moins de 22 artistes professionnels. Tous les musiciens conviés pour animer les soirées de Tam, en plus des candidats en herbe venus concourir, ont fait leur preuve sur la scène nationale et même internationale pour certains. Ce qui a incontestablement relevé le niveau de cette manifestation, qui a vu d’ailleurs une affluence record du public de la capitale de Tin Hinan.
Concernant la musique et chanson targui, on relèvera la présence de la cantatrice Lala qui s’est produite lors de la cérémonie d’ouverture consacrée à la région, et de Chenna, avec son instrument fétiche l’Imzad. Les groupe « Ithrène n’Haggar », « Elmataf » et « Issalen » ; les chanteurs Rezkaoui, Choghli, Nabil Bali se sont relayés pour offrir au public des morceaux alliant musique et poésie de haute facture.
La chanson chaoui était présente avec de grands noms. Il y avait Hassen Dadi, Noura chaouia, et les groupes « les Berbères » et « Avahri N’Aurès ».
La Kabylie était représentée par une pléiade d’artistes, et non des moindres. Ce qui est normal quand on sait que c’est la région la plus berbérophone d’Algérie. Tour à tour, tantôt enjouée et tantôt mélancolique, elle a usé de sa voix suave et profonde pour subjuguer, envoûter le public. Ses morceaux qui reflètent notre être en tant qu’Imazighen ont été fort appréciés. Et puis il y avait Brahim Tayeb, le groupe Tagrawla, Khelfaoui Rahima, Madjid Soula (qui revient sur scène après 20 ans d’absence), Ouazib Mohand Ameziane et … Takfarinas convié pour clôturer ce festival.
Djamel Izli de Ghardaïa est venu chanter avec sa fille Amira. Le Mozabite n’a jamais cédé aux pressions des siens, dans une société très conservatrice et refermée sur elle-même. Son combat pour une société mozabite plus ouverte, mérite respect et encouragement. Et les applaudissements nourris du public de Tam, ont fortement conforté le duo dans ses convictions.
Une semaine durant, le jury composé de Kouider Bouziane et Afifa (professeurs de musique), ainsi que Cheb Yazid et Hamdi Bennani (interprètes) a eu à se prononcer sur les prestations de jeunes lauréats des festivals locaux (Kabylie, M’Zab, Batna, et Ahaggar), venus concourir pour les titres nationaux. A l’issue de ce concours, « Itran Ahaggar » le groupe targui, s’est adjugé pour la deuxième année consécutive le premier prix. La deuxième récompense est revenue au groupe « Maxiès » de Béjaïa (Kabyle), alors que la troisième a été décernée au groupe « Imnayen » de Khenchela (Chaoui).
Quelques fausses notes ont été néanmoins relevées par le public et les participants et pas des moindres. Tout d’abord l’absence de représentants des amazighs du Mont Chenoua (Cherchell). Aucune explication n’a été donnée quant à cette mise à l’écart, alors que la chanson chenoui a fait de grandes avancées, et contribue surtout à perpétuer notre langue ancestrale dans cette région. Il y a ensuite l’absence de la chaîne 4 amazigh de télévision, sensée couvrir cette manifestation, même si l’ENTV était présente. Et puis certains ont osé chanter en arabe dans un festival réservé aux amazighophones, et qui ont d’ailleurs été longuement hués par le public.
Après quatre éditions et l’expérience cumulée, reste aux organisateurs à donner à ce festival une dimension nord-africaine, en invitant les amazigh du Maroc et de Lybie notamment.
Par Mus.
