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Abranis est revenu ce week-end, après une longue absence, à l’occasion de l’hommage qui lui a été rendu à la maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou.
Un retour que le groupe toujours égal à lui-même, a mis à profit pour enflammer la grande salle. Un hommage de trois jours bien mérité à Karim le rocker kabyle, fondateur (en 1967), auteur, compositeur et chanteur du groupe Abranis. La salle était trop exiguë, pour contenir le nombreux public composé essentiellement de jeunes filles et garçons. Pour dire que le groupe a survécu aux générations. Karim a chanté des chansons qui ont traversé des décennies, que l’assistance chauffée à bloc reprenait en cœur. « Linda » cette mythique chanson d’amour a carrément subjugué la salle, éclairée à la flamme de dizaines de briquets qui ont soudainement fait leurs apparitions. En trois jours le public a découvert le parcours d’Abranis, le temps d’un après-midi, les jeunes de Tizi se sont bien défoulés. Cette exclamation d’une jeune fille à la fin du spectacle, résume à elle seule l’ambiance qui a régné « Je me suis débarrassée de mon angoisse ! »
De son vrai nom Sid Mohand Tahar, Karim est né en 1949 à Tifilkout (près de l’ex-Michelet) en Haute-Kabylie. En 1962 il se retrouve en France, et c’est là qu’il découvre et influencé par la vague de rock qui déferle sur l’Europe avec les Pink Floyd, Deep Purple, les Beatles et autres Elvis Presley. Plus que ça, il décide de créer son propre groupe avec Samir Chabane (Batteur), Madi Mahdi (Guitariste) Shamy el Baz (Organiste) dès 1967. Ensemble ils font leur apprentissage, en mêlant musque kabyle du terroir et rock. La carrière de ce groupe commence vraiment en 1973, quand il participe à un festival de musique à Alger. Il n’avait même pas de nom, et il en fallait un. Dans l’avion qui les ramène à Alger, ils optent pour Branis, en référence à une ethnie berbère. Mais sur place, les autorités les obligent à en changer, car à l’époque toute référence à la Berbérie était mal-venue. Karim et ses copains ne vont pas chercher loin, ils ajoutent juste un A devant pour faire Abranis. Et contre toute attente, un groupe de rock chantant en kabyle remporte le premier prix: c’est la consécration et surtout un encouragement à aller de l’avant. C’est ainsi que Branis est devenu Abranis.
Le groupe dont seul le fondateur a perduré, a vu défiler pas moins de 44 musiciens entre batteurs, guitaristes, pianistes, choristes etc…Il est considéré comme le précurseur de la musique moderne kabyle, celui qui le premier l’a propulsée dans l’universalité. Il compte une dizaine d’albums, le dernier en date « Raweh » est sorti ce premier décembre 2011. Les textes de Karim Abranis sont souvent fait de métaphore, et font référence aux contes et à la mythologie berbères pour éviter la censure du régime d’Alger. Il a chanté l’amour bien sur, la nostalgie, et en politique la liberté, tout en dénonçant l’injustice et l’illégitimité. On citera quelques extraits de ses grands textes :
« Wali Kan » (regarde bien) :
Regarde bien le pauvre travailleur,
Qui pour survivre ne cesse de trimer,
Dés qu’il gagne un sou, fruit d’un dur labeur,
Tout de suite il en est dessaisi
Après qu’il en soit spolié
Comme coupable ensuite il sera désigné
« Ahechad » (mauvaise herbe) :
Ô douce mère !
J'ai un borné comme compagnie
Aux bras fouettards
Qui sans crier gare
Telle l'épine de l’ortie
Vous lacère au passage le flanc
Sa vue s'offusque de la modernité
Il dresse des haies pour la liberté
Ô douce mère !
Voilà que se greffe la mauvais
« Avehri » (le vent)
Doux vent, sois le bienvenu
Si par mon village tu es passé,
Avec ta lucidité, raconte ce que tu as vu.
Parle-moi de ma maison
Dis moi, oh doux vent,
Comment vont mes enfants
Si mon absence les fait pleurer,
De mes larmes, je te prie de les caresser
« Avrid Avrid » (ballade) :
Ô peuple bercé de brise légère
Peuple doux au goût de miel
Ô peuple nourri de ses racines
Qui répugne à la discrimination
Qui exècre la perfidie
Et dont la vérité est la seule monnaie
« Amezruy » (l’histoire)
La répression s’est abattue
Sue une génération innocente
Et éprise d’une liberté
Payée de leur vie
Oublier leur sacrifice
serait al pire des injures
Car nous leur devons à jamais
Cette lumière qui nous inonde
« Timlilit » (la rencontre)
Nous devons le savoir
Mais celui qui en sera nanti
Deviendra tourmenté
Heureux le simple et l’ignorant
De rien ils ne se soucient
Que le savant par sa science terrassé
Soit réincarné
Et que les paroles étouffées par le silence
Nous parlent de nos origines
Par Mus.





