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Cette radio qui émet de nouveau à partir de la ville des genêts 45 ans après, revient sous la dénomination « Radio Tizi Ouzou » pour lui ôter tout caractère symbolique.
Radio Djurdjura, pour ceux qui ne le savent pas, a commencé à émettre au début de l’année 1960 alors que l’Algérie était encore sous domination française. En 1966 quatre ans après l’indépendance, sous le régime de Boumediene, les autorités la ferme pour des raisons politiques. L’on se souvient aussi qu’elle fut relayée par Radio Paris (Houna Bariz), qui émettait en kabyle et en arabe à partir de Radio France. Elle était écoutée dans toute la Kabylie, car elle diffusait tout ce qui était interdit d’antenne en Algérie, notamment les chansons de Slimane Azem. C’était le temps où il était interdit de parler en kabyle à la télévision, et où on obligeait les lycéens de Kabylie à chanter, s’exprimer en arabe pour participer à l’émission nationale « Inter- lycées ». C’était le temps où l’on pouvait se faire agresser en dehors de la Kabylie, juste parce que l’on parle en kabyle. C’était le temps tout simplement où la langue de nos ancêtres, notre langue ancestrale était interdite de citer, le temps où nos politiques avaient la phobie du kabyle et du « péril kabyle ».
Le projet de relancer la Radio Djurdjura (car pour nous elle s’appellera toujours ainsi) pour devenir la 47ème radio régionale du pays, date de 2008. Elle devait être livré une année plus tard, mais a accusé un retard de deux ans pour coûter la bagatelle de 127 millions de dinars. Peut-être hésitait-on quant à l’opportunité d’un tel projet, après avoir réduit au silence 45 ans durant la voix de la Grande Kabylie ? Comme tout ce qu’on promet en grandes pompes pour la région, sans que les projets voient le jour. Qu’on ne s’y méprenne pas, si la Radio de Tizi Ouzou est de retour ce n’est point pour les beaux yeux des Kabyles. Elle est de nouveau là, pour servir les desseins inavoués des autorités. Si Radio Djurdjura a été relancé c’est que les usurpateurs d’Alger, ont la certitude que son contrôle ne leur échappera pas. Radio Djurdjura vient renforcer le dispositif médiatique composé de la chaîne de télévision 4 tamazigh, la chaîne II (radio nationale en tamazight), la Radio Soummam. Sa mission, inonder les foyers kabyles de tout ce qui peut promouvoir la normalisation et l’arabo-islamisation de la Kabylie en cours. Qu'on ne s'y méprenne pas, ils n'ont jamais renoncé, seuls les moyens ont changés! En faite Radio Djurjura ne sera qu’ un micro et un cadeau empoisonnés de plus pour les berbérophones.
Sa consœur de Petite Kabylie, Radio Soummam, ne consacre t-elle pas 60% de la grille des programmes en langue arabe contre 40% en kabyle ? (instruction des autorités supérieures donc volonté d’arabiser par petite dose). L’animatrice de l’émission « Awal S Usefru » n’a t-elle pas été abusivement licenciée pour le motif que celle-ci « ne connaissait rien à la poésie arabe ». Mais doit-elle, puisque c’est une chaîne kabyle, sensée promouvoir le patrimoine kabyle ? Pour la poésie arabe n’y t-il pas assez de chaînes arabophones ? La radio de V’Gayet dérange, car certains animatrices et animateurs manient merveilleusement la langue de Massinissa et autre Jugurtha.
L’on se rappelle aussi de la purge au sein de la chaîne II nationale, qui a touché une dizaine d’animateurs il y a trois ou quatre ans. On avait décidé alors d’étouffer les plus belles voix de cette radio. Que sont devenus Khadidja Chikhi, sociologue de formation, qui passait pour être berbériste aux yeux de ceux qui pensent pour nous, et sa célèbre émission « D’une fontaine à une autre », et que tous les auditeurs adoraient ? Et Djamel Amrani et « Sa franchise de nuit » ? Et Arezki Azzouz le talentueux animateur, et son émission « Tibougharin G’id», a qui on a retiré le micro parce qu’il a refusé d’inviter monsieur n’importe qui ? Et, et, et… Autre chose, pourquoi avoir invité Sonia Aït Ahmed (ancienne talentueuse animatrice de la chaîne II), qui anime la radio communautaire « Radio Numidia » (Etats-Unis), pour l’empêcher ensuite d’accéder au siège de la radio à Alger ? L’émission a été illico annulée. Pourtant cette même animatrice est passée quelques jours avant à la télévision algérienne et à la radio El Bahdja, où elle était invitée.
Que dire de la chaîne 4 tamazight (télévision) dirigé, selon les journalistes et animateurs, par un homme foncièrement anti-amazigh et censeur zélé ? Un homme qui dirigerait de main de fer cette chaîne, avec représailles et pressions pour imposer la ligne à suivre. Un responsable qui serait allé jusqu’à parler de « complot kabyle » pour s’accaparer la chaîne pour monter les Chaouis, Targuis et Mozabites contre leurs frères Kabyles. Diviser pour régner !
Comment avec tout ça, quand tout est filtré au peigne fin, au tamis avant de passer à l’antenne, une nouvelle radio peut-elle être crédible ? Surtout quand, selon certaines sources, la lutte est engagée pour son contrôle (parti politique notamment). Gageons néanmoins qu’elle sera mieux que ses consœurs d’Alger et de Béjaïa.
Par A.Z
