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Si Muhand Iguerbouchen, ou le Mozart kabyle, m’était conté

Actualité - Culture


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Si Muhand Iguerbouchen, ou le Mozart kabyle, m’était conté L’Algérie est peut-être le seul pays au monde à s’inventer des héros, de grands hommes et à renier ses véritables et illustres personnages.

Le pouvoir algérien en fait, a toujours été guidé par la crainte de la menace kabyle et berbériste en général. Il lui fallait donc faire de l’ombre à tous ces grands hommes qu’ont enfanté la Numidie et la Kabylie. Il y a Massinissa, Jugurtha, la Kahina, Fadhma N’Soumeur, El Mokrani, Amar Imache, Radjeff Belkacem, Abane Ramdane et bien d’autres, concernant la lutte contre les invasions étrangères et le colonialisme. Il y a Kateb Yacine, Mammeri, Feraoun et bien d’autres concernant la littérature, le théâtre et l’identité. Il y a M’ Hamed Issiakhen, Mohamed Zemirli et tant d’autres concernant les arts plastiques. Il y a aussi Muhand u M’Hand, Jean Amrouche, Slimane Azam pour ne citer que cela concernant la poésie et la chanson, et Muhand Iguerbouchen concernant la musique classique et universelle.

Face à ces hommes d’une universalité incontestable, l’Algérie a choisi d’honorer ses « Ulémas », ceux qui font l’apologie de ses gouvernants, ceux qui défendent et veulent nous enfermer dans la sacro-sainte Arabité-Islamité. L’illustre auteur-compositeur qu’est Iguerbouchen est l’illustration, l’incarnation même de l’universalité. Connu à l’échelle mondiale, il a été sans aucun doute le meilleur ambassadeur de la musique algérienne, et aussi du peuple algérien. Une reconnaissance internationale qui l’a emmené jusqu’à Hollywood, pour composer des musiques de films pour la Metro Goldwin Mayer et la Paramount. Combien d’Algériens ont, ne serait-ce un jour, entendu parler de lui, lui qui a pourtant porté si loin l’âme du peuple algérien ? Bouteflika a préféré accueillir une année durant (Alger 2007) la culture arabe, puis celle de la culture islamique (Tlemcen 2011), à coup de milliards. En Algérie, ceux qui ne cadrent pas avec l’arabo-islamisme, aussi brillants soient-ils, sont ignorés au profit d’autres aussi médiocres soient-ils. Iguerbouchen qui devrait être une des fiertés de tous les Algériens, mérite bien plus qu’un concours de musique classique, organisé annuellement à la maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou. Iguerbouchen mérite une reconnaissance qui soit à la mesure de son talent, et de son algérianité qu’il n’a jamais reniée, bien qu’il ait sillonné le monde entier pour composer et porter sa musique.

Mohand Iguerbouchen est né le 13 novembre 1907 à Aït Ouchen près des Aghribs, dans la wilaya de Tizi Ouzou. Enfant déjà et petit berger, il occupe l’essentiel de son temps à jouer des airs avec une flûte, surtout que l’instituteur de l’école prodigue à ses élèves des notions de musique. Ses parents s’installent quelques mois après à Soustara (Alger) où il continue sa scolarité, et suit des cours de solfège à l’âge de 12 ans. A 15 ans, il se fait remarquer lors d’une audition d’élèves de l’école protestante de solfège par le comte Fraser Ross (Ecossais), qui habite le même quartier, qui lui trouve un don particulier pour la musique. Il l’emmène avec l’accord de ses parents à Manchester, où il l’inscrit au « Royal Northern Collège of Music », avant d’intégrer la célèbre « Royal Academy of Music » pour parfaire sa formation. Il se rend même à Vienne en Autriche pour parfaire sa musique auprès du grand professeur et compositeur Alfred Konfeld. C’est là en 1925 à 18 ans seulement, qu’il donne son tout premier concert à Bregenz au bord du lac Constance, avec deux œuvres « Kabylia Raspodie n° 9 » et « Arabic Rapsodic n° 7 ». C’est à cette occasion qu’il obtient le premier prix de composition d’harmonie et contrepoint, et de celui d’instrumentation et de piano.

Grâce à sa notoriété allant crescendo, Mohand Iguerbouchen est admis à la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (SACEM) en 1934, puis membre de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD). Mohand s’intéresse également au cinéma et commence à composer pour le 7ème art. C’est ainsi qu’il collabore à la bande son de plusieurs documentaires dont « Aziza » (Mohamed Zinet), « Dzaïr » (André Sarrouy), et de films tels « l’homme bleu » et « Palais royal » (tournés au Sahara), et surtout celle de « Pépé Moko » de julien Duvivier, avec notamment Jean Gabin. Il enchaîne avec la musique du film « Terre idéale en Tunisie ». Le compositeur rencontre en 1938 Salim Hallali, à qui il va composer une cinquantaine de chansons qui vont faire la renommée de celui-ci. Il enchaîne avec une vingtaine de chansons kabyles, avant de présenter à la BBC sa 3ème rapsodie « Rapsodie mauresque » qui séduit tout le public anglais. En 1940 il prend la direction musicale de Paris Mondial, et compose pour une vingtaine de courts métrages de Mercier films Inc. Une centaine de mélodies d’après les poèmes des Mille et une nuit sont également à son actif. En pleine guerre d’Algérie, il compose la musique du célèbre chant patriotique « A yemma aazizen ur ttru » pour Farid Ali.

La notoriété de Mohand Iguerbouchen et surtout son talent, lui valent d’avoir des amis parmi les grands. On citera Edith Piaf, Emmanuel Robles, Albert Camus, Taos Amrouche, Max Derrieux, Vincent Scotto, Georges Auric et de tant d’autres. Il meurt le 21 août 1966 à Hydra du diabète dans l’anonymat le plus total, laissant une œuvre considérable de près de 900 compositions éparpillés à travers le monde. Il est vrai qu’à l’époque à Alger, on se battait pour le pouvoir.

Un merci donc pour les associations Mohamed Iguerbouchen, Ikharbane, H’nifa, Adrar ath Qdira, organisatrices du concours de musique classique. Au moins ça, un événement pour perpétuer la mémoire du virtuose kabyle, qui disait « La musique kabyle est aussi vielle que le monde car elle est composée de cinq sons qu’on appelle la gamme pentatonique. Cette gamme est utilisée en Chine, en Pologne, en Australie, en Afrique noire… »

Par Mus.

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