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Les Islamistes d’Ennahda (la Renaissance) ont remporté sans surprises (autour de 4%), les élections pour une Assemblée Constituante en Tunisie ce dimanche 23 octobre 2011. Pourquoi sans surprises ?
Tout comme en Algérie et d’autres pays musulmans et arabes, l’islamisation des sociétés a commencé depuis plusieurs années. Les pouvoirs croyant naïvement, avoir la paix en abreuvant à longueur de journée leur peuple de religion, via les mosquées, les radios et télévisions et même l’école. En Tunisie que l’on croyait à l’abri, c’est également une réalité. L’arabisation a détourné même la classe moyenne des chaînes francophones, au profit des celles islamisantes du Golf. Tout comme en Algérie aussi, les islamistes possèdent naturellement leurs tribunes (mosquées), pour faire leur campagne à longueur d’année. Ce qui leurs confèrent un avantage de taille, et aussi un personnel bénévole pour mener une campagne offensive en envoyant les « moutahadjibate » (celles qui portent le voile islamique) faire du porte à porte.
Par ailleurs, Ennahda, contrairement à la majorité des partis, n’est pas nouveau sur la scène tunisienne. Sur les neufs partis qui existaient avant la révolution, il était le seul (dont le leader s’était exilé à Londres) avec le Congrès de la République (dont le leader s’était exilé en France), à faire de la vraie opposition. Et ce n’est pas un hasard s’ils sont arrivés tout deux en tête de ce scrutin du 23 octobre. Les autres étaient là juste pour le décor, une démocratie à la Ben Ali et à la Bouteflika. Ennahda activait dans la clandestinité durant le règne de Ben Ali, des militants ont été tués et des centaines emprisonnés, ce qui en a fait un martyre et lui confère une certaine légitimé. L’influence de la Turquie, présentée comme un exemple de réussite sous le règne d’Ordogan, un islamiste, n’est pas étrangère à ce succès. D’ailleurs Ennahada n’a pas cessé de se proclamer, lors de sa campagne, d’un islamisme modéré à la Turc. A cela il faut ajouter une pincée de clientélisme, de quoi gonfler un peu son score grâce à l’argent des Royaumes du Golf. Il faut dire aussi que les autres partis présents à cette élection, ont une part de responsabilité dans cette victoire. Au nombre d’une cinquantaine et de tout bord (communistes, laïcs, sociaux démocrates etc), ils se sont présentés en rangs dispersés face à Ennahada, seul parti islamiste, alors que des alliances étaient impératives. A l’image de l’Egypte ou la cinquantaine de partis a été sommés par les autorités, à constituer des alliances pour arriver à neuf. De quoi barrer la route aux Frères Musulmans. La victoire de l’islamisme en Tunisie nous rappelle donc à bien des égards celle du FIS en Algérie, où les mêmes ingrédients étaient réunis pour un tel scénario.
Juste après la proclamation des résultats, des personnalités notamment féminines n’ont pas cachés leur déception, et surtout leurs appréhensions. Pour elles la Tunisie n’est pas à l’abri d’un retour de la dictature. Et comme pour dissiper peut-être ces inquiétudes, Ghannouchi a appelé à un rassemblement avec les laïcs. Il reste qu’Ennahda n’a pas la majorité absolue, d’une Assemblée Constituante de 217 membres. Il doit se trouver des alliances pour imposer ses idées ; lors de la rédaction de la nouvelle constitution. Il y a déjà une toute naturelle, celle avec l’Union Démocratique Unioniste (UDU), un parti de la mouvance panarabique (nationalisme arabe). Cette assemblée élue est également appelée à former un nouveau gouvernement provisoire, pour mener vers des élections législatives et présidentielles dans une année. Ghannouchi sera surement le premier ministre de ce gouvernement, il aura dès lors toute la latitude de bien assoir le pouvoir des islamistes. Assistera t-on alors à une confiscation de la révolution du jasmin ?
A l’Est il y a bien du nouveau. Le CNT autoproclamé de Libye a annoncé, alors qu’il n’est pas issue d’élections libres (les élections sont à venir) ; que la charia islamique sera la loi du pays, ce qui nous donne un avant goût de ce que sera la démocratie dans ce pays. La Tunisie est désormais entre les mains des Islamistes, et peut-être demain l’Egypte aussi. De quoi booster les Islamistes d’Algérie et du Maroc. La construction d’un Maghreb islamique est-elle déjà en route ?
Par Mus
