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Autrefois la Kabylie vivait essentiellement de produits agricoles et de l’élevage. Dans ces contrées retirées, difficiles d’accès, les Kabyles travaillaient leur terre tout en tenant de petits élevages. Seulement leurs produits à eux seules (olive et huile d’olive, figues et figues séchées, quelques légumes, le lait et plantes sauvages comestibles) ne répondaient à tous leurs besoins, et certaines n’étaient pas disponibles en tout temps (notamment durant les hivers souvent neigeux).
Le troc qui consiste à s’échanger l’excédants de ses propres produits contre ceux qu’on n’a pas, est une pratique commerciale ou marchande qui permet de palier aux manques. Le troc était même le seul moyen de subsistance, puisque l’argent pour acheter et vendre manquait. Les échanges de produits alimentaires ont longtemps été le moyen essentiel de subsistance des habitants de la région.
Les échanges se faisaient d’abord localement où les transactions se faisaient dans les marchés hebdomadaires. Ces rencontres jouaient également un grand rôle sur le plan social et humain. Mais certains produits comme notamment le blé et l’orge manquaient souvent cruellement. Alors venaient de l’Est et du Sud algérien, des caravanes chargées de blé, d‘orge, de dattes, de sel, d’alfa…pour sillonner la Kabylie. Les Kabyles pouvaient ainsi s’approvisionner en produits rares, contre notamment de l’huile d’olive, des figues sèches, du caroube et même du miel. Le troc avec les étrangers se pratiquait de la fin printemps à la fin de l’été. L’hiver, avec son lot de neige et de précipitations rendait la Kabylie au relief montagneux, périlleuse pour les voyageurs et les caravanes. Dès la fonte des neiges, le retour du soleil, la diminution des précipitations d’eau qui rend les rivières et ruisseaux traversables, les Kabyles se préparent à accueillir leurs fournisseurs avec hospitalité et respect. Ce sont souvent les mêmes personnes qui revenaient pour s’approvisionner en produits locaux, jusqu’à tisser des liens extra commerciaux (amitié, mariage…).
On a rapporté que durant cette époque il n’y avait pas de routes carrossables. Les caravanes empruntaient donc des chemins escarpés, taillés à flanc de coteaux. Lors d’une expédition, l’un des chameaux chuta et se blessa au point de ne plus être en mesure de marcher : un drame pour le caravanier. Par solidarité les villageois décidèrent de lui « acheter » (en échange de produits locaux) sa bête, qu’ils ont vite abattue et suspendue à la branche d’un immense olivier pour être dépecé. Tout le village eut sa part, les chameliers furent conviés à un bon dîner, et l’olivier fut baptisé « Tazemurt Balghoum » (l’olivier du chameau). Le lien d’implantation de l’arbre se trouvait près d’Ath Yenni, les différents incendies ont eu raison de lui.
Ces dernières années nous assistons à un troc des temps modernes en Kabylie. Des gens de l’Est notamment, sillonnent la Kabyle avec leurs camions pour offrir des légumes de saisons (Ognons, ail, pommes de terre notamment), contre des figues sèches. Ils choisissent la fin du mois de septembre, la période où les figues mises à sécher sont à point. Ces collecteurs vendent ensuite leur collecte, pour être conditionnée et vendue sur le marché algérien à un prix exorbitant, digne des fruits exotiques. Ce troc est une aubaine pour nombre de familles dont les revenus sont faibles, car il leur permet d’améliorer leur quotidien alimentaire. A noter que cette transaction ne touche généralement que les figues considérées de 3ème choix. Les meilleures par contre sont dégagés après un tri, et sont écoulées entre 200 et 400 DA le kilogramme. Sans le troc une partie excédante de leur récolte leur serait restée sur les bras, faute de bétail à qui était destiné dans le temps ce surplus de moindre qualité.
La pratique pourrait bien se généraliser pour l’écoulement d’autres produits. Nous pensons notamment à l’huile d’olive. En l’absence de circuits de commercialisation fiables, beaucoup de familles n’arrivent pas à écouler toute leur production. Alors dans ces conditions autant troquer la quantité invendue, et pourquoi pas d’autres produits, si cela permet de mieux se nourrir au lieu de les laisser pourrir?
Par Mus
