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Nous savons tous que les mosquées ont servi de tout temps, en terre d’Islam, de tribune pour se maintenir au pouvoir. L’Algérie ne fait pas exception.
Déjà avec Boumediene les imams vantaient lors de leurs prêches les trois Révolutions du dictateur : industrielle, culturelle et surtout agricole, et le socialisme. Le résultat on le connaît : 40 ans après l’Algérie ne produit toujours pas grand-chose (même intellectuellement), elle est obligée d’importer l’essentiel de sa nourriture.
Et puis vint l’ère « Pour une vie meilleure » de Chadli. Les imams vantaient lors des prêches la grandeur du « socialisme spécifique » algérien, qui va permettre au peuple d’accéder à une vie meilleure. Résultat l’Algérien n’a rien vu venir, si ce un marché inondé de produits importés à coup de milliards de dollars endettant encore plus l’Algérie. On a voulu faire de l’Algérien un consommateur, alors que le pays ne produisait rien. On a transformé l’Algérien en tube digestif, qui passe sa journée à faire les souk el fellah (marchés du paysan), inondé de fromages, de bananes et autre fruits exotiques, de viande et œufs… comme il n’en a jamais vu.
Et puis à force d’utiliser la religion à des fins politiques, ce qui devait arriver arriva : à la faveur des manifestations d’octobre 88, les islamistes se sont carrément mis à réclamer le pouvoir, pour instaurer une république islamique. Dès le début des années 90 ils se sont appropriés la majorité des mosquées, pour faire ce que le pouvoir a toujours fait : une tribune pour leurs discours. Ils les ont utilisées à leur compte, appelant au djihad, au crime contre les impies. Le résultat on le connaît : des milliers de morts et de disparus dans une guerre fratricide.
Avec Bouteflika à partir de 2000, c’est l’ère de la réconciliation nationale, après les massacres. Les prêches des imams fonctionnaires ont repris du service pour la cause, promettant le retour de la paix et de la stabilité… En parallèle ils fustigent la Kabylie impie, chrétienne, athée, juive…la présentant comme une menace pour l’unité nationale et l’Islam.
Et puis vint l’ère des révoltes arabes. En Algérie la rue gronde depuis des années déjà sans que le pouvoir ne bronche : aux émeutes le pouvoir a répondu par la répression. Mais ce qui s’est passé en Tunisie, en Egypte puis en Libye, a changé la donne. Quand un peuple décide d’en finir, rien ne peut l’arrêter. Le pouvoir algérien distribue de l’argent pour acheter la paix sociale, tout en agissant pour étouffer tout mouvement organisé, rassembleur, mené par des élites. Les émeutes spontanées des jeunes ne présentant aucun danger. Mais la colère continuent de gronder, et chaque jour des manifestations sont signalées un peu partout, le peuple ayant perdu confiance.
L’Etat ne peut plus supporter la saignée financière qui coûte des milliards de dinars. En même temps il craint toujours un véritable soulèvement populaire. Profitant de la religiosité, et surtout de l’ignorance de la majorité du peuple, il fait appel aux imams qui reçoivent chaque vendredi des millions de fidèles. Du coup les prêches sont devenus un moyen de calmer la population, plus que ça, un moyen de l’aliéner ; quitte à utiliser l’idéologie salafiste wahhabite (Arabie Saoudite), qui s’oppose radicalement au soufisme algérien. Et ce qu’on entend dépasse tout entendement. Citant des hadith à l’appui, ils affirment qu’il est interdit de désobéir à ce qui ont le pouvoir, en d’autres termes « obéissez à vos maîtres. A Alger sujette à des émeutes quotidiennes, les imams s’étonnent même dans leurs prêches, que les jeunes investissent les rues, leur suggérant de s’en s’abstenir faisant toujours référence à des hadith ou des récits coraniques. Ces prêcheurs mettent en garde contre le chaos qui pourrait survenir, si le peuple ne reste pas tranquille, obéissant, patient. On a même entendu l’un d’eux, raconter que même le prophète Mohamed a appelé (selon lui) les gens à la retenue, à la patience même si le pouvoir est tyrannique et despote. Cet imam est allé plus loin, en suggérant aux fidèles de ne pas réagir à la force publique. Même si un policier vous bat, vous ou quelqu’un de votre famille, même s’il rentre de force chez vous, il faut le laisser faire.
Le pouvoir semble s’inspirer du salafisme pour se maintenir, s’appuyant sur des centaines de mosquées (au moins 90% à Alger) entre les mains de salafistes notoires. Une idéologie que tombe à pic puisqu’elle prône obéissance absolue aux gouvernants, aux maîtres du moment. Un encouragement aussi pour une idéologie rétrograde, qui a déjà fait bien des dégâts un peu partout. Ibn Baz « savant » du salafisme du 20ème siècle n’a-t-il pas n’a-t-il pas considéré comme impie, toute personne qui croit que la terre est ronde ? Le pouvoir ne semble pas a avoir retenu les leçons d’un passé pourtant récent. Même au risque de revenir 20 ans en arrière, il veut gérer la société par l’obscurantisme, l’obéissance et les interdits sacrés. Qui mieux peut mieux le faire que les relais salafistes, qui trouvent là une aubaine inespérée pour enraciner dans la société algérienne leur idéologie. Comme au temps des Abbasi Madani, Ali Benhadj, mais ceux là sont plus dangereux car ils cachent leur jeu, ont une culture politique et ont tiré des leçons des erreurs du passé. Le journaliste saoudien Abdelatif Aal al Sheikh a qualifié dans l’un de ses articles « L e mouvement salafiste du djihad » de « nazie ». A méditer.
Par A.Z
