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Le Ramadan 2011 tire à sa fin, il aura été peut-être le plus éprouvant et le plus coûteux pour l’Algérie et les Algériens, le plus dramatique aussi.
Mois de tolérance, de piété et d’abstinence, du moins comme le prétendent les imams et autres théologiens, il est dans la réalité celui de tous les excès et les abus. Affamé, somnolant, atone, amorphe le jour, le peuple d’Algérie court frénétiquement aux courses. L’achat inconsidéré de nourriture de toutes sortes (jusqu’à s’endetter), du à la faim qui donne lieu à des envies et des tentations, est l’une des caractéristiques de ce mois dit sacré. Un mois durant le citoyen réduit à un intestin, passe une partie de son temps à courir après de quoi se goinfrer après le coucher du soleil. Même les conversations femmes et hommes ne tournent, la journée, qu’autour de plats, de recettes d’envies hallucinatoires, mais aussi des prix qui flambent (ce qui ne les empêchent pas d’acheter).
Mois de la rahma (générosité) disent-ils, l’Etat et le citoyen se découvre soudainement une âme généreuse et charitable. On distribue des milliers de couffins aux nécessiteux, des restaurants dits de « rahma » etc. sont ouverts un peu partout. Pure hypocrisie, car le reste de l’année plus rien de tout ça, c’est l’indifférence face à la misère des autres.
Un mois durant (saison estivale aidant), le peuple engourdi par le jeûne et la canicule sombre dans l’indolence, la nonchalance et la fainéantise. L’Algérie est à l’arrêt, même si du côté d’El Mouradia notre président n’a pas failli cette année encore à sa traditionnelle audition des ministres. Et les communiqués tombent avec des chiffres exorbitants concernant l’emploi, le logement, le transport, les récoltes agricoles… alors que le peuple qui a l’estomac à la place du cerveau n’attend que l’appel à la rupture du jeun (mosquée, radio et télévisions s’y mettent). Mais aucun responsable n’a osé à ce jour avancer le moindre chiffre sur le coût de ce mois pour l’Etat à commencer par la surconsommation.
Cela se passe comme pour le week-end algérien, c’est tabou. Tout le monde sait mais personne n’ose dire basta, même si des chiffres ont été donnés sur les pertes sèches de l’Algérie, dont celle de la Société financière internationale (SFI Banque mondiale), qui l’estime à un milliard de dollars par an. Les douanes ont annoncé une augmentation de près de 60% de la facture alimentaire durant le 1er semestre 2011 en céréales, farines et semoules. Des milliers de tonnes de viandes ont également été importées. La consommation injustifiée de sucre et de lait est exorbitante et dépasse tout entendement. Tout le monde semble trouver son compte : le peuple ne travail pas un mois durant, encouragé par le conservatisme rampant dont l’Etat en a fait une doctrine. Le peuple ne pense plus, et le pouvoir est peinard.
En plus de la facture alimentaire bien salée, le pays est pratiquement à l’arrêt. Mis à part le commerce, tous les secteurs sont touchés : industrie, services, hôtellerie et tourisme, bâtiment… Même les administrations publiques tournent au ralenti. Les chefs d’entreprises privées n’osent pas, tabou oblige, demander aux autorités de trouver des solutions à l’absentéïme, les horaires officiels réduits durant le mois et la sous-production. Les employés pointent vers 10 heures quand ce n’est pas à 11 heures, et filent à 14 heures au plus sous prétexte d’aller faire des achats, mais c’est surtout pour faire la sieste car les gens veillent tard alors qu’ils doivent travailler le lendemain. Entre sommeil, marchés et soirées, les Algériens s’offrent chaque année un autre mois de congé.
Après la saignée (financière) des ménages durant le Ramadan, arrivent les dépensent de l’Aïd. Une semaine avant commence l’effervescence dans les magasins, pour l’achat d’habits neufs aux enfants. Là encore, une autre catégorie de commerçants profite de l’aubain, et affichent des prix à donner le tournis. Et puis suivra dans quelques jours après la rentrée scolaire avec son autre lot de frais.
Le Ramadan est aussi synonyme de nerf à vif chez les Algériens. On est loin de la tolérance et de la convivialité que suggèrent ce mois de piété. Explosifs, bouillonnants, près à attaquer, il ne faut surtout pas les titiller, les regarder de travers. C’est ainsi que la police a recensé rien que pour les 4 premiers jours 2000 bagarres, faisant 4 morts et au moins 100 blessés. Sur les routes c’est l’hécatombe. Le bilan annoncé après 3 semaines de jeûne fait état de centaines d’accidents qui ont coûté la vie à 176 personne, fait 1675 blessés. En somme chaque jour que Dieu fait, une dizaine de familles au moins sont endeuillées durant ce mois.
Par Mus
