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L’Algérie vit depuis quelques années déjà un climat pré-insurrectionnel. Il n’y a que le pouvoir qui ne le voit pas, ou fait semblant. Certes il n’y a pas de marches d’envergures parce que le pouvoir les réprime violemment. Mais il ne peut réprimer toutes ces actions sporadiques quotidiennes qui touchent toute l’Algérie et toutes les catégories de la population.
Dans les villes, les villages, l’Algérie profonde, les Algériens protestent, aucun secteur n’est épargné. Les étudiants n’étudient plus, les grèves persistent depuis la rentrée malgré les concessions du pouvoir. A défaut d’annoncer une année blanche, le pouvoir populiste d’Alger aura encore le culot de faire passer des examens bidon. On offrira les diplômes et le passage en classe supérieur, et tout le monde il est beau tout le monde il est gentil. Idem pour les lycéens qui n’ont pas étudié grand-chose, à cause de grèves enseignants ou élèves. Et le ministre de l’éducation qui annonce que les sujets du baccalauréat ne porteront que sur les cours faits.
Les jeunes s’expriment violemment. Ils barrent les routes, exigent des droits de passage aux automobilistes, saccagent des bien publics…Des citoyens ferment les mairies, les daïras. Des marcheurs manifestent partout. Des retraités ferment des banques pour retard de paiement. Grèves à répétitions dans le corps médical, l’enseignement, les agents et fonctionnaires des mairies, la justice. Les travailleurs de Sonatrach de Hassi R’Mel menacent d’une grève de la faim général. Les gardes communaux manifestent leur mécontentement, parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils vont devenir, après avoir servi dans la lutte contre le terrorisme. Des dizaines de personnes souvent des pères de famille ont tenté de s’immoler, et plusieurs en sont mortes. D’autres font carrément grève de la faim, et la liste est encore grande.
Le pouvoir répond par des mesures prises précipitamment, dans le sillage des émeutes de janvier et de la contestation en Tunisie, Egypte et Libye, pour calmer. Comme à chaque fois pour se donner un sursis, il puise dans la trésorerie de l’Erat pour acheter la paix sociales. Des mesures improvisées, irréfléchies populistes, parfois inapplicables juste pour désamorcer la tension sociale. Il n’est pas besoin d’être économiste, pour comprendre que l’Etat ne pourra pas les supporter longtemps, car trop couteuses (50 millions de dollars) et improductives. Et les autorités d’Alger le savent. Le but est de gagner du temps et de voir venir. L’autre réponse se préparerait dans les officines du pouvoir.
Sur le plan politique, il serait question de sacrifier quelques têtes jugées impopulaires. En premier lieu figurerait le premier ministre Ouyahia, alors que celui-ci ne fait qu’appliquer le programme de Bouteflika, si programme il y a. Hamrouche pourrait bien le remplacer, ces deux dernières apparitions publiques après 20 ans, ne sont pas le fait du hasard. Une conférence à Paris, et une invitation du Centre de Recherche Stratégique et Sécuritaire de Ben Aknoun (Alger) pour s’exprimer sur la levée de l’état d’urgence entre autres. Bouteflika pourrait bien annoncer aussi qu’il ne briguera pas un 4ème mandat. Il nous dira que sa mission de ramener la paix et de relancer l’économie se termine. C’est ce que l’on peut tirer des interviews accordées par Medelci (affaires étrangères) et Ould Kablia (intérieur) aux médias français. Ce qui veut dire aussi que le message s’adresse à l’occident. Il serait question aussi de dissolution de l’APN qui serait remplacé par une constituante.
Le pouvoir s’entête à ne pas comprendre que le mal est plus profond que ça. Le peuple, la jeunesse notamment veulent une 2ème république, débarrassée de tous les dinosaures. La jeunesse, majoritaire en Algérie, est rongée par la mal-vie, ne se reconnaît plus dans ses gouvernants. Seules des personnalités issues de la génération d’après guerre peuvent les comprendre, et incarner leurs aspirations.
Malgré les milliers d’émeutes qui secouent même l’Algérie profonde depuis des années, l’émergence de nouveaux mouvements pour canaliser et conduire cette contestation peine à voir le jour. Toutes ces actions certes moins spectaculaires que les marches et rassemblements grandioses (Tunis Le Caire…), contiennent les germes d’une explosion qui pourrait être bien pire que ce qui se passe en Libye. Peut-être que le peuple algérien est patient, lent très lent à réagir, mais quand il le fait, c’est avec une extrême violence. Le mouvement estudiantin qui se radicalise est un signal à ceux qui gouvernent ce pays. Si ceux ci ont encore un brin d’amour pour la patrie, ils savent ce qui leur reste à faire. Comme disait Amazigh Kateb lors de la marche d’Alger, « Hier ils nous disaient que nous sortons d’une guerre de libération, aujourd’hui ils nous disent que nous sortons d’une guerre contre le terrorisme, la jeunesse se demande quand est-ce qu’on va rentrer dans quelque chose »
Par Mus
