Partenaires
- Agence web : création de site Internet Lyon, référencement et graphisme
Le phénomène prend de l’ampleur en Afrique du Nord, depuis le geste du Tunisien Bouazizi. On dénombre pas moins d’une quarantaine, notamment depuis la fuite de Ben Ali. Comme si le message était destiné aux autres chefs d’Etat, « Faites comme lui, dégagez ».
En Algérie au moins 10 personnes ont tenté de se tuer par immolation. A Annaba, une vingtaine de harragas ont aspergé leur embarcation d’essence, et mis le feu au moment où ils allaient être interceptés par les gardes côtes. Deux d’entre eux sont portés disparus, les autres ont été secourus. Bouteflika n’a pas trouvé mieux, que de diligenter une enquête pour connaître les raisons de ces actes, des raisons que lui seul semble, ou fait sembler d’ignorer. Pour nous sortir après « Je ne savait pas ! », comme lors des émeutes de Kabylie en 2001. Par la même, les autorités ont pris un certain nombre de décisions, dans l’espoir que cela cesse. On parle de baisse des prix des produite de large consommation, de suspensions de distributions de logements sociaux. Les Walis ont été sommés d’aller à la rencontre des citoyens, de prendre en charge leurs doléances. La police a été instruite de se montrer souple, de renforcer le travail de proximité et les renseignements. Mais on remarquera qu’aucune décision politique n’a été prise. Le pouvoir ne veut donc pas admettre que les cause sont politiques, que c’est le système qui pourrie la vie des Algériens.
En Egypte on dénombre au moins 7 cas d’immolation par le feu, dont celui d’un avocat devant le parlement. Les politiques ont sollicités les autorités religieuses d’El Azhar, qui ont fait un appel à la population pour les dissuader d’avoir recours à ce procédé, prétextant que l’Islam interdit toute forme de suicide. Il est vrai qu’en terre d’Islam on prône toujours la patience, mais vous pouvez attendre.
En Mauritanie c’est un homme d’affaire qui s’est immolé devant le Sénat, un acte politique donc, pour dénoncer le régime issu du coup d’état d’aout 2008.
On constate cependant que le phénomène tend à se banaliser en Algérie, comme toujours. Obtenir ce qu’on veut en menaçant ou en s’immolant. A Sidi Bel Abbès, un jeune homme a tenté de se poignarder suite à une altercation avec un policier qui voulait lui retirer son permis pour infraction au code de la route. Dans la même ville, une femme a tenté de s’immoler parce qu’on lui refusait une aide au logement rural qu’elle réclamait.
L’immolation n’est pas un phénomène nouveau. En 1963 déjà, un moine bouddhiste s’est immolé en guise de protestation contre le régime Sud Vietnamien (pro-américain), suivi par plusieurs autres. En 1969 ce fut Jan Palach un étudiant tchèque, pour protester contre l’invasion soviétique de 1968. Au moins une trentaine d’autres ont suivi son exemple. En 1983 c’est sur la place rouge à Moscou, qu’un homme s’est sacrifié pour dénoncer le régime totalitaire. En 1991, 2 étudiantes sud-coréennes ont eu recours à l’immolation pour protester contre la dictature militaire de l’époque. Plus récemment en 2001, ce sont 5 membres d’uns secte sur la place Tiananmen de Pékin, pour protester contre ce qu’ils appelaient la répression religieuse. Plus récemment encore en 2008, un jeune homme s’est immolé par le feu en Birmanie, pour dénoncer les pratiques de la junte au pouvoir.
Les spécialistes considèrent que l’immolation en général (feu, eau …), contrairement au suicide ordinaire (pendaison, par balle, barbituriques…), « Est une forme de suicide orientée politiquement. Elle est destinée à mobiliser ceux qui restent, et à tourmenter ceux qu’elles visent » (c’est ce qui s’est passé en Tunisie). C’est une forme de sacrifice, brûler son corps pour se faire entendre, changer les choses. L’immolation est plus choquante et plus spectaculaire car elle se déroule en public, devant souvent un édifice symbole de l’Etat, pour envoyer un message fort.
Par Mus
