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La Tunisie, présentée par-ci par-là comme un Etat modèle, paisible et stable est secouée depuis près d’un mois par les émeutes les plus sanglantes de son histoire.
Les dernières émeutes significatives remontent à l’ère Bourguiba quand les Tunisiens sont sortis dans la rue juste pour protester contre l’augmentation du prix de la baguette de pain. Il y a deux ans des manifestations ont également éclaté dans la ville de Gafsa et ses environs (bassin minier), violemment réprimées par les forces de l’ordre. Le peuple tunisien muselé jusque là, vient de briser le mur de la peur. La réalité de ce pays a éclaté au grand jour. La stabilité n’a en fait été maintenue jusque là, que grâce à un dispositif policier des plus répressifs, empêchant toute expression et contestation.
En 1987 Ben Ali démet Bourguiba vieillissant, et prend le pouvoir. Ce qui s’apparente bien à un « coup d’Etat médical ». Progressivement il durcit son régime, et instaure un véritable Etat policier pour asseoir son pouvoir, un pouvoir sans partage depuis 23 ans. Il ne serait pas exagéré de qualifier Ben Ali de dictateur. La restriction des libertés est digne des républiques de l’ex bloc soviétique :
La liste est longue (torture, emprisonnement d'opposants, de journalistes, syndicalistes)
Le président tunisien cultive un véritable culte de sa personnalité, son portrait est omniprésent à travers toute la Tunisie, accompagné de slogans louant la grandeur de sa majesté. Pour répondre aux critiques, Ben Ali tout comme son homologue Égyptien Moubarak, avait déclaré en s’adressant à l’Occident « Le peuple a d’abord besoin de manger à sa faim et non de démocratie ». Comme si l’un ne pouvait pas aller avec l’autre, comme si l’Occident crevait de faim pour avoir opté pour un système démocratique.
Europe et États Unis se sont bien accommodé à cette dictature, des violations des droits de l’homme et des libertés. Pour eux il incarne la stabilité, dans un pays qui accueille des millions de touristes surtout européens. La France par exemple a réagi timidement à la répression en Tunisie, pour ne pas offusquer le pouvoir en place, intérêt oblige. Du bout des lèvres des politiques ont condamné les violences, en se gardant bien d faire allusion à l’ami Ben Ali. Michèle Alliot Marie a même proposé le savoir- faire français à la police tunisienne et…algérienne. La ministre française n’a pas trouvé mieux, que de proposer ses services pour aider à mater la rébellion, se positionnant ainsi contre l’aspiration des peuples de la région, à la liberté et la prospérité.
En fait la France est bien embarrassée devant les événements qui secouent l’Afrique du Nord. La réaction est « très vive pour Abidjan et très mince pour la Tunisie ». Lemaire, ministre français est allé même jusqu’à faire l’éloge du présidant Ben Ali. Normal, en Tunisie des centaines de Français, notamment du côté des politiques, possèdent des résidences. Sans oublier qu’une partie du secteur économique (notamment le textile et le tourisme) est tenu par des Français.
En attendant, au moins 70 personnes ont trouvé la mort, des centaines de blessés et d’arrestations et la liste s’alourdit de jour en jour.
Par Mus



