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Le Haut Commissariat à l’Amazighité (HCA) a organisé ce jeudi 30 septembre à la maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou une journée d’études sur ce royaume méconnu des Algériens. Et pourtant cette période est toute proche de nous. Et pourtant, il s‘étendait sur toute la Kabylie, et durant près d’une décennie sur un territoire qui allait de la petite Kabylie à Médéa.
Le royaume de Koukou était une petite monarchie qui a régné durant plus de 2 siècles, à partir du début du 16ème siècle jusqu’en 1750, à l’écart du joug ottoman. C’était un royaume indépendant en Kabylie, lors de la présence turque et espagnole. Il a été fondé par Ahmed Belkadi, sa capitale était Aït Gharbi en haute Kabylie, près de l’actuelle Aïn El hammam.
Les Ottomans, après avoir battu les Espagnoles, ont cherché à annexer de plus en plus de territoire à la Régence d’Alger sous leur autorité. Mais en Kabylie ils se trouveront face à 2 royaumes qui opposeront une grande résistance : celui de Koukou en Grande Kabylie et celui de Medjana des Aït Abbas en Petite Kabylie. Même si Ahmed Belkadi s’est allié vers 1510 avec eux pour chasser les Espagnoles de Béjaïa. Dix ans plus tard, Barberousse décida d’une expédition en Kabylie pour l’annexer. Les Kabyles l’attendaient dans la plaine des Issers, il ne dut son salut qu’en fuyant. Fort de cette victoire, le roi de Koukou fonça sur Alger dont il s’empara pour y régner durant 7 ans. L’impact de son règne sur Alger fut tellement grand, qu’un massif de l’Algérois porte à ce jour le nom de « Djebel Koukou » (La montagne de Koukou) sans que quiconque sache qui c’est. Durant les années 60, les enfants d’Alger chantaient
« Quand nous sommes montés au Djebel Koukou,
nous avons trouvé des soldats en train de pleurer,
quand nous leur avons demandé pourquoi,
ils ont répondu l’Algérie est à vous ».
C’est à l’issue de ce règne qu’il aurait été tué à Tizi Nath Aïcha (l’actuel Thénia), de retour en Kabylie en 1527. A cause de dissensions et divisions entre les branches princières, le royaume de Koukou a connu sa fin vers 1750. Fort heureusement quelques traces du royaume subsistent.
A Koukou, un village de la commune d’Aït yahia (Aïn El Hammam), l’un des rares villages a avoir conservé leurs us et coutumes intactes, subsistent des ruines de remparts, et un sanctuaire appelé Takorabt N’El Kadi (sanctuaire de Belkadi). Koukou u Fella (Koukou d’en haut) culminant à 940 mètres d’altitude, était un rempart dominant le haut Sébaou et la vallée de Messouya. Au bas d’Azrou N’Thor existent trois sanctuaires dédiés à Belkadi. A Aourir 2 sanctuaires, sur l’un d’eux on peut lire « Ceci est le lieu de repos d’Ahmed Belkadi mort au XIème siècle hégirien. Que Dieu lui accorde sa miséricorde ». La région reçoit chaque année des milliers de visiteurs, curieux de découvrir ce haut lieu du Royaume de Koukou.
Pour en revenir à la journée d’étude organisée par le HCA, elle a vu la participation d’anthropologues et d’historiens. Il s’agit de réhabiliter ce que l’histoire officielle n’a pas retenu. Selon El Hachemi Assad, directeur de la promotion culturelle du HCA, des archives importantes sur cette période se trouveraient en Espagne et en Turquie. L’organisation de cette journée vise à impliquer les archives nationales pour la récupération et la valorisation de ce patrimoine; sensibiliser le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique pour octroyer des bourses de doctorat, aux étudiants en histoire. Cela encouragerait l’écriture de cette période de l’histoire de l’Algérie, méconnue du grand public. Assad a parlé aussi de baptiser une grande rue, ou un important édifice public de la capitale, au nom des rois de Koukou.
Par Mus
