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Alors que le cinéma algérien replonge dans sa longue léthargie, l’association Project’heurts signe les 8ème rencontres cinématographiques de la ville. Avec le festival du cinéma amazigh de Tizi Ouzou, et après la fin du festival international du court métrage de Taghit, il est le seul à résister au désert culturel qui semble s’être installé en Algérie pour durer. La rencontre de Taghit (Béchar) pourtant bien partie, destinée aussi à promouvoir le tourisme saharien, a disparu sans qu’on sache pourquoi, après sa 2ème édition.
Le rendez-vous cinématographique de Béjaïa est né d’une rencontre entre les associations « Project’ heurts » et « Kaina cinéma » basée à Paris, il y a presque dix ans. Celle-ci œuvre pour soutenir des initiatives en Algérie, et créer des liens avec des professionnels français. C’est en quelque sorte une vitrine du jeune cinéma algérien, et par la même une occasion de débat d’échanges et de formation autour du 7ème art. « Il ne s’agit pas pour nous de faire un festival, ce rendez-vous se veut juste une plate-forme de débats et d’échanges qui sert à questionner le cinéma …», comme a tenu à le préciser Abdennour Haouchine le président de l’association. L’ambassade de France en Algérie apporte également sa contribution à ces journées cinéma, par le biais de son Service de Coopération et d’Action Culturelle. Pour « des raisons indépendantes de sa volonté » l’ambassade n’a pas pu déléguer un représentant. Notons que cette rencontre est caractérisée par la place qui est accordée aux jeunes réalisateurs.
Le public a eu à apprécier plusieurs films, projetés au théâtre régional Abdelmalek Bouguermouf de la ville. A l’ouverture deux productions ont été proposés, « Dernier passager » un court métrage de Mounes Khemmar (présenté à Cannes), qui raconte l’histoire d’un artiste désabusé. Frustré il va mettre fin à ses jours… Mais juste avant de partir à jamais, son âme revient pour une ultime visite à sa bien-aimée et à la scène de théâtre où il s’est produit et a travaillé. Le second film colle très bien à la réalité d’après guerre.
« Le voyage d’Alger » est un film biographique du réalisateur Abdelkrim Bahloul. C’est l’histoire d’une famille de martyr qui ; après avoir occupé une maison vacante (colon) en 1962, un harki veut à tout prix les mettre dehors. La famille résiste aux intimidations, et va même jusqu’à rencontrer Boumediene ministre de la défense à ce moment.
Venue présenter son film « Z’har », la présence de Fatma Zohra Zammoum a été fort remarquée. Cette femme native de Bordj Menaël, historienne d’art et peintre, est connue aussi en tant qu’écrivain ( « A tous ceux qui partent », « Comment j’ai fumé tout mes livres »…) et cinéaste ( « leçon de choses », « La maison de Roy Adzak »…). « Z’har » traite des problèmes de la violence de L’Algérie des années 90.
Mounia Meddour, la fille à Azzedine quant à elle, était là pour son film « La cuisine en héritage ». Ce documentaire montre comment se fait la transmission du savoir culinaire traditionnelle marocain (Doc tourné à Ouarzazate) aux générations. C’est aussi une belle carte postale pour le Maroc. Par ce documentaire, Mounia a voulu remettre la cuisine à sa juste valeur. Selon elle, « La cuisine est comme un héritage qu’il faut préserver et transmettre…C‘est notre identité, notre culture… »
La rencontre de Béjaïa a été rehaussée par la participation de cinéastes de Tunisie, de France, du Maroc et de Belgique, avec des films qui ont été fort appréciés. « Le baron » un film Franco-belge de Nadir Ben Yadir a fait salle comble jeudi en soirée. D’autres œuvres comme « Djen » du Marocain Chouikh, « J’ai tant aimé » et « La robe de mariée » des Marocaines Dalila Ennadre et Myriam Aziza, « Dans nos veines » du Belge Guillaume Senes, « Adieu général » et « Lisa » des Français Luis Briceno et Lorenzo Recio ont été projetées.
En marge s’est tenu l’atelier « Côté courts », encadré par Tahar Chikhaoui (Tunisie), Stéphanie- Durand (France), Mounes Khemmar (Algérie) et Jean Pierre Morillon (France). Le but de cet atelier de formation est « D’accompagner de jeunes auteurs-réalisateurs pour leur faire franchir une autre étape ». Les projections ont été suivies de café-cinéma autour des réalisateurs, ce qui a donné lieu à des débats fort intéressants.
Ce 8ème rendez-vous s’est achevé ce vendredi 4 juin tard dans la soirée, avec l’hommage particulier rendu à Azzedine Meddour. Ce petit kabyle considéré comme l’un des meilleurs cinéastes algériens nous a quitté trop tôt il y a dix ans, alors qu’il était au summum de son talent. A cet effet deux films ont été projetés, « H’na fi h’na » et « Douleur muette », en présence de cet autre talentueux cinéaste qu’est Hadjadj, son ami. Rendez-vous est pris pour la 9ème édition, le 10 juin 2011.
Par Mus
