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L’association culturelle Adrar N’Fad (ACAF) d’Aït Smaïl vient d’organiser sa 8ème édition du festival national de poésie d’expression amazigh (25 au 27 mars 2010). Cette rencontre se tient annuellement en hommage à Mouloud Mammeri, pour le travail colossal qu’il a fait pour sauver la poésie kabyle (orale) de l’oubli. En 1969 il a répertorié celle de Si Mohand dans « Isefra, poèmes de Si Mohand », en 1980 il a déterré d’autres vers qu’il a mis dans « Poèmes kabyles anciens » et « Machaho ».
Si cet événement est programmé en mars ce n’est pas fortuit. Le 21 de ce mois est la journée mondiale de la poésie, le 10 est le jour où la conférence que devait donner Da l’Mulud sur « La poésie kabyle ancienne » à l’université de Tizi Ouzou a été interdite. Cette interdiction déclencha des manifestations qui se sont propagées très vite dans toute la Kabylie. Réprimées violemment par les forces de l’ordre et l’armée, elles donnèrent naissance au printemps berbère (avril 80). Sadak Rabbaï, le président de l’ACAF, ambitionne de faire du 10 mars la journée nationale de la poésie.
Cette 8ème édition fut dédiée à Si l’Bachir Amellah, poète et chanteur de Féraoun (Béjaia). Durant trois jours, la maison de jeunes d’Aït Smaïl n’a pas désempli. Un nombreux public dans une ambiance chaleureuse et conviviale, est venu écouter les 160 poètes venus de la Grande et Petite Kabylie, des Aurès, de l’Ahaggar, Gourara et Ouargla pour le Sud, d’Alger, d’Oran, du Mont Chénoua. Ceux du Rif marocain et des Libyens de Menfoussa, n’ont pas malheureusement pu venir. Les poètes ont déclamé chacun à sa manière, dans des registres vocaux et gestuels tous différents les uns des autres, devant un jury dont la mission était de discerner le prix de la meilleure poésie, celui de la meilleure poésie féminine, celui de meilleure poésie de jeunes, celui de la plus grande fidélité au festival, des prix d’encouragement aux participants hors Kabylie.
En marge de ces récitals de poésie, se sont tenus des ateliers de poésies, pour permettre aux poètes présents d’échanger les idées et expériences, tout comme des conférences-débats. Le chant et le théâtre n’ont pas été en reste pour enrichir ce festival. Le public a vibré notamment devant le spectacle de l’Ahellil, présenté par une troupe venue de Gourara (Sud-Ouest).
Après le succès retentissant de cette 8ème édition, l’Etat va t-il enfin institutionnaliser ce festival ? Une subvention serait (en plus de la contribution de quelques sponsors privés), la bienvenue pour relever encore plus le niveau de cette manifestation. Mais le pouvoir algérien a préféré dépenser des milliards (En 2007) pour « Alger capitale de la culture arabe » (pour rien). Il s’apprête dans le même registre à récidiver avec « Tlemcen capitale de la culture islamique », alors qu’il lésine quand il s’agit de notre culture ancestrale.
Pour notre part, nous rendons hommage à cette association et à la population d’Aït Smaïl (un village niché au creux d’un flanc d’ « Adrar N’Fad », c’est à dire « la montagne de la soif » (pour son relief aride). Les Amazigh du monde entier doivent les saluer et les remercier de perpétuer ce festival, dans une Algérie dominée par un panarabisme d’état.
Par Mus

