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C’est dans une salle comble, une ambiance festive tout en étant conviviale, que s’est déroulé la cérémonie de remise du trophée « l’olivier d’or » aux meilleures productions. Sans surprise, le film marocain « Itto Titrit » de Mohamed Abbazi s’est adjugé l’olivier d’or du meilleur long métrage. Le film, vu le thème abordé, est osé et c’est tant mieux. Il dénonce les maux de la société rurale, avec ses idées conservatrices ou les traditions et la religion guident le quotidien et la vie des gens.
L’histoire est fort émouvante, elle se passe durant les années 54 à 57, pendant que le peuple marocain sous protectorat français se mobilise pour réclamer le retour du sultan Mohamed V. Elle met en scène deux enfants qui vivent tranquillement leur enfance faite de rêves, dans une bourgade de l’Atlas marocain. Bassou, le garçon est le fils unique d’un riche propriétaire terrien, Itto est fille unique d’un amour hors mariage. Elle rêve de casser un tabou en allant à l’école, pour arracher son destin dans une société dominée par les hommes. Les deux enfants sont liés d’amitié et on les destine déjà à une vie conjugale commune. Hélas, la réalité la rattrape. On la marie à un homme bien plus âgé, revenu d’Indochine avec une bonne pension. La nuit nuptiale, le drame, une hémorragie et la mort, celle de l’innocence. Le réalisateur a expliqué que « Enfant déjà je souffrais pour les filles de mon âge. Nous étions témoins de choses terribles. Des gens m’ont dit que j’ai relaté la réalité telle qu’elle était »
Dans le genre court-métrage, la palme est revenue à « Dihia » de Omar Belkacem, un film qui se veut un hommage à sa mère. C’est l’histoire d’une mère (Dehia) et de son fils dont le père est en exile. Le film décrit leur dur quotidien, dans un environnement hostile, un village de l’Akfadou en Kabylie. Confrontés aux poids des traditions souvent défavorables aux femmes, la maman doit pourtant subvenir aux besoins de la famille. L’olivier d’or du meilleur film-documentaire est revenu à « Kamel Hamadi » de Larbi Chérif, un hommage aussi à l’homme qui a tant apporté et donné à la chanson kabyle.
La mention spéciale du jury est revenue à « Tin Hinan la légende Touareg », de Benmokhtar.
Pour clôturer la soirée, le comédien dramaturge Slimane Bebaïssa (en arabe) et Benmohamed (en kabyle) se sont donnés à une lecture croisée de la pièce « Babor ghraq » (le bateau a coulé), avec au chant Aït Menguellet.
Cette 10ème édition fut sans conteste la plus colorée, la plus relevée et celle qui à connu un plus grand engouement. L’intérêt pour ce festival était aussi du côté des jeunes réalisateurs, 63 films ont été présentés pour la sélection, pour n’en retenir qu’une douzaine. Et le choix fut difficile selon Hachemi Assad, le commissaire du festival.
La désormais célèbre chorale « Abzim » de Tadmaït a donné le ton dès la cérémonie d’ouverture. Rehaussée ensuite par la présence d’hommes du cinéma comme Moussa Haddad, Mohamed Bedjaoui, Ali Mouzaoui, du comédien et réalisateur Mohamed Hilmi, d’artistes comme Aït Menguelat, Graeme Allwright (qui a promis de revenir à Tizi Ouzou), Bélaïd Tagrawla, Cheikh Sidi Bémol, Ali Amrane, Kamel Hamadi, le festival a connu un franc succès. Si nous regrettons la localisation, la ghettoïsation du festival, Assad n’est pas du même avis. Pour lui « Tizi Ouzou est désormais une ville de cinéma. Cette domiciliation est une reconnaissance symbolique des luttes pour la revendication amazigh menées par cette région ». Pour Kamel Hamadi, « L’amazigité c’est l’Algérie, le Maghreb et c’est pour ça que je suis là »
Le Wali de Tizi Ouzou a annoncé que le théâtre « Kateb Yacine » et la salle « Le mondial » seront fonctionnelles bientôt, après avoir subi des travaux de rénovation. Le mondial sera promu au rang de cinémathèque. Bonne nouvelle donc pour les cinéphiles de Tizi Ouzou qui pourront aller apprécier le film Amazigh. De son côté Ahmed Béjaoui en tant que conseiller du ministre a promis la relance du cinéma algérien. Selon lui, 70 longs métrages ont été réalisés depuis 2003. Il s’agira aussi de rouvrir les salles de cinéma, dont 400 ont été fermées durant les années 90, mettant par la même plus de 4000 personnes au chômage. Il est temps de faire revenir les Algériens dans les salles obscures. Le cinéma amazigh quant à lui avance doucement mais sûrement.
Par Mus
