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Kateb Yacine disait : « Quand on pense qu’une femme (La Kahina) a dirigé ce pays immense dont l’Algérie était le centre, et quand on pense à la condition actuelle de la femme algérienne, on mesure le recul … A plus de deux millénaires de distance on peut s’interroger : qu’est devenue La Kahina ? »
Pourtant ce n’est pas faute de s’être battue à côté de l’homme pour libérer l’Algérie. Nous pensons à Fadhma N’Soumeur qui a dirigé toute une insurrection au début de la colonisation, Djamila Bouhired, Hassiba Ben Bouali, Louizette Ighilahriz, Zohra Drif, Malika Gaïd, Djamila Amrane, mériem Mokhtari et la liste est encore très longue (1954-1962).
Seulement, après l’indépendance, le pouvoir des hommes n’a rien fait pour maintenir cette dynamique et donner à la femme la place qui lui revenait de droit dans la nouvelle Algérie. La femme était réduite à un rôle de productrice d’enfants, de ménagère etc. Le drame c’est qu’en 1984 une loi (le code de la famille), d’inspiration religieuse (charia) est votée par l’APN. Ce texte est venu conforter l’aile islamo-conservatrice du FLN.
Un texte anticonstitutionnel, puisqu’il est en totale contradiction avec l’article 29 de la constitution qui reconnaît l’égalité entre la femme et l’homme. Cette loi a conféré un statut de mineur à la femme, la mettant sous le tutorat du mari. Il est écrit notamment que :
Par ce code la femme est officiellement placée à la disposition de l’homme. Il a été fait par les hommes et pour les hommes. Les femmes qui se sont battus se sont senties trahies, et elles l’ont fait savoir au plus haut niveau, en vain.
Durant les années 90, on a encore retrouvé les femmes au combat contre l’intégrisme et le terrorisme, d’autant plus qu’elles étaient la cible privilégiée. A la faveur de la loi de 1989 qui autorise la création d’associations politiques et autres, des femmes se sont organisées pour mener un autre type de combat, celui de l’égalité : des associations comme le Rassemblement Algérien des Femmes Démocrates (RAFD), SOS femmes en détresse, Tighri n’tmatut (cri de femme), Taroua n’Fadhma n’Soumeur (les filles de Fadhma N’Soumeur), collectif femmes du MDS…Des milliers de femmes ont arpenté régulièrement les rues d’Alger, que ce soit pour dire non à l’intégrisme islamiste ou pour être considérées citoyennes à part entière. Au bout d’une décennie elles se sont essoufflées. Elles étaient réduites à un minimum d’activités. L’Etat leur refusait toute subvention (alors qu’il ne lésinait pas quand il s’agissait d’autres associations), et ne voulait pas les autoriser à en chercher chez des particuliers. Le combat était inégal, leurs luttes ont coûté l’exile à plusieurs, quand ce n’est pas la vie.
Aujourd’hui, même s’il y a eu quelques amendements concédés par les islamistes au code de la famille, dans les faits rien n’a changé. Doit-on considérer la généralisation du port du foulard islamique, hijab ou niqab (hors Kabylie); tout comme le fait que les femmes se baignent habillées de la tête aux pieds, à partir des années 90 comme un recul de la condition de la femme ? Seul un sondage crédible pour déterminer la part de celles qui s’habillent ainsi volontairement et par conviction, pourrait nous éclairer.
A chaque 8 mars, le temps d’une journée, les hommes organisent des festivités pour ces femmes, qui se déplacent en masse : Galas musicaux, expositions, conférences…Le président reçoit quelques unes pour leur exprimer sa volonté de vouloir changer les choses. Dès le lendemain, les choses reprennent leur cours et rendez-vous au 8 mars suivant. Une fois de plus elles se sont faites berner, et les hommes se sont donnés bonne conscience. Les femmes algériennes ont-elles une seule raison de festoyer en ce jour ? Ne devraient-elles pas plutôt en faire une journée de deuil, et boycotter toutes les festivités que les hommes leur ont concoctées ? L’impact serait sans doute plus important sur la conscience des hommes.
Par A.Z.
