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L'industrie algérienne a besoin de sociétés étrangères pour son développement dans un partenariat fondé sur l'équité et avec un esprit de bénéfice partagé, a déclaré récemment le président de léAgence algérienne du patrimoine minier (ANPM), Abdelkader Benyoub.
Cette vérité pourrait s’appliquer également sur l’industrie automobile algérienne qui en est à ses premiers balbutiements. Le ministre de l’Industrie et de la Promotion de l’investissement, Abdelhamid Temmar, avait soutenu que dans le but de promouvoir et de relancer l’investissement public dans le secteur industriel, le gouvernement «examine la possibilité de création de grandes sociétés publiques dans l’industrie». Le ministre a précisé, dans ce sens, que «rien n’empêche la création de sociétés économiques publiques suivant la capacité économique et les avantages qu’offrent nombre de secteurs... ».
Le représentant du gouvernement a énuméré les secteurs-clés profitables pour le pays, tels la pétrochimie, l’industrie mécanique et la sidérurgie, mais aussi l’industrie du ciment et des produits pharmaceutiques, secteurs qui peuvent servir pour le redéploiement et la structuration du secteur public commercial, devait encore soutenir le ministre. Si le secteur du ciment connaît une évolution exponentielle – la production nationale devrait satisfaire largement les besoins nationaux à l’orée 2010 – celui du médicament n’arrive pas à décoller.
Mais le récent coup de gueule du Premier ministre Ahmed Ouyahia semble porter ses fruits puisqu’une soixantaine de laboratoires étrangers se sont déjà engagés à créer des filiales en Algérie, en réponse à une demande du ministère de la Santé.
L’Algérie continue d’importer les véhicules de tourisme au détriment des véhicules utilitaires et des poids lourds qui participent à l’évolution de l’économie nationale. Uniquement pour les 9 premiers mois de l’année 2008, les concessionnaires ainsi que les grandes firmes automobiles installées en Algérie ont importé pour l’équivalent de 2,6 milliards de dollars, une somme qui pourrait largement servir à financer un secteur qui peine à sortir la tête de l’eau. Pour l’année 2007, les compagnies d’assurances nationales avaient versé 26 milliards de dinars pour le remboursement des sinistres de la route. En 2006, le montant des remboursements des accidents de la circulation s’était élevé à 15 milliards de dinars. Selon le patron des assureurs, l’année dernière, entre 40 000 et 45 000 accidents avaient été recensés au niveau national et le nombre reste en nette croissance. «On est vraiment face à une catastrophe», avertit Laâmara Latrousse sur les ondes de la Chaîne III. Le nombre de véhicules de tourisme a explosé à tel point que le parc automobile a presque atteint le seuil de saturation.
Les autorités du pays doivent d’ores et déjà songer à serrer les boulons en limitant, par exemple, le nombre de véhicules de tourisme, en imposant la formule de quotas et en octroyant plus de souplesse aux segments des utilitaires et des poids lourds.
La crise mondiale qui affecte le secteur de l’automobile et une vraie aubaine pour les pouvoirs publics à l’effet de restructurer le secteur, en réfléchissant sur la meilleure façon de le booster, en injectant des sommes d’argent pour moderniser les usines de fabrication de véhicules ou en lançant de grands projets.
L’Algérie avait, à un certain moment, tablé sur la coopération avec la France pour développer son secteur automobile. Contrairement aux domaines de l’agroalimentaire et de la pharmacie qui avancent bien, celui de l’automobile ne suit pas. Interrogé sur les perspectives des constructeurs français en Algérie, Temmar a implicitement désavoué la décision de Renault d’implanter une usine au Maroc. Diplomate, le ministre n’a pas souhaité commenter longuement la décision du constructeur français. Il a toutefois confirmé que l’Algérie était intéressée par le projet mais malgré les conditions avantageuses proposées par Alger à Renault, ce dernier a choisi le Maroc. Autre constructeur français présent en Algérie, Peugeot a été sévèrement critiqué par le ministre. Ce groupe non seulement ne souhaite pas s’implanter en Algérie mais il a demandé au gouvernement algérien de financer un projet destiné à équiper les mécaniciens d’appareils électroniques capables de détecter des pannes sur les moteurs de la marque au lion. Une demande à laquelle l’Algérie a opposé son refus. Le ministre a lancé un ultime appel aux équipementiers automobiles à venir s’implanter en Algérie… Depuis lors, un silence radio s’est installé.
Aujourd’hui que le contexte est défavorable aux grands constructeurs mondiaux, l’Algérie devrait profiter de la difficulté que rencontrent actuellement les grandes marques automobiles pour imposer son point de vue. Ceci doit passer d’abord par l’élaboration d’un nouveau cahier des charges, afin d’obliger les constructeurs à passer à l’étape de la fabrication, ou en entrant dans le capital social des grandes entreprises qui cèdent leurs actions à tour de bras.
Le cas libyen est significatif à plus d’un titre. Les dirigeants de ce pays ont en effet racheté, depuis quelques années, des parts dans la société Fiat en Italie. Aujourd’hui, le grand constructeur américain Ford ne trouve pas repreneur pour le rachat des 20 % sur les 33,5 % qu’il détient dans le groupe japonais Mazda estimés à 540 millions de dollars. Celui-ci a repris juste 6,87 %, soit l’équivalent de 143 millions de dollars, une bouchée de pain pour le constructeur japonais. Le reste des actions (13 %) devrait revenir à l’une des 12 firmes prétendantes qui se disputent.
Le gouvernement doit suivre l’exemple libyen et se lancer dans le rachat d’actions dans quelques-unes des grandes marques qui, dans leur majorité, sont confrontées à des problèmes de liquidités.
L’Algérie qui peut s’enorgueillir de posséder un matelas en devises de l’ordre de 135 milliards de dollars doit saisir cette opportunité. Il ne s’agit pas de prendre le contrôle ou d’être un actionnaire majoritaire mais de prises de participation même minoritaires qui peuvent valoir à l’Algérie, à court terme, des retombées positives sur sa politique industrielle. Une opportunité qui peut favoriser un transfert de technologie à l’Algérie sans le moindre coût financier.
Source : Le jeune indépendant
