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Après l'exploitation par la génération de novembre du Front de Libération National (FLN), pour assoir et légitimer son pouvoir absolu après l'indépendance, voilà la génération d'après guerre qui se veut une digne et fidèle héritière des novembristes. Son crédo, son fond de commerce, la France qu'on a régulièrement ciblée, montrée du doigt, accusée, et cela continue. Cette génération n'a d'yeux que pour l'ancien colonisateur, peut-être plus que l'ancienne, au point de donner l’impression d’être carrément francophobe. Mais cela ne les empêche pas de s'y rendre pour y passer des vacances, s'y soigner, faire des emplettes...
Il était une fois « Hizb França » (le parti de la France) communément utilisé durant les années Chadli (80) pour désigner les berbéristes, les laïcs, les communistes, les francophones, comme des ennemis de la nation, à la solde de la France, et se positionner par la même comme les véritables nationalistes qui défendent l’Algérie, en jouant sur la fibre patriotique des Algériens. Vint ensuite la fameuse « main de l'étranger » (comprenez celle de la France, qu’eux seuls voyaient), qui manipule les Algériens pour déstabiliser le pays, pour justifier les manifestations et les émeutes qui se déroulaient dans le pays (notamment en Kabylie). Et puis depuis moins d’une décennie, des voix du ou proches du FLN s’élèvent pour exiger de la France repentance, pour les crimes commis en Algérie durant la colonisation.
Depuis janvier, ils vont encore plus loin. Des députés FLN, qu’on a sûrement actionnés, ont initié un projet de loi pour « criminaliser la colonisation française ». Ce projet a été signé par 120 députés appartenant au FLN, à son petit frère le RND, et à deux partis islamistes Hamas et EL Islah. Et ce n’est pas par hasard, ceux sont des partis populistes, qui se prennent pour les champions du nationalisme algérien. C'est leur fond de commerce. Selon Moussa Abdi, un député FLN conservateur, il est question de créer des tribunaux spéciaux, pour juger les responsables de crimes coloniaux, ou les poursuivre devant les instances internationales. L’élaboration du dossier aurait été confiée à un groupe d’experts américains, à coup de milliers de dollars. Seulement selon des juristes, il n’a aucune chance d’aboutir, c’est un coup d’épée dans l’eau pour ne pas dire un scoop du genre auxquels nous a habitué le pouvoir algérien. D’abord les accords d’Evian Franco-Algériens sont clairs. Ils excluent toute poursuite d’un côté ou de l’autre, à l’encontre de personnes pour quelque fait soit-il, avant 1962. Ensuite si le dossier arrivait à l’ONU, la France pourrait utiliser le droit de véto dont elle dispose. S’il est adressé au TPI, celui-ci à ses propres lois et ne reconnaît pas celles internes promulguées. On a du mal à croire que nos députés et ceux qui les ont actionnés ignorent cela. Alors pourquoi une loi qui ne peut aboutir ? Qu’elles en sont les buts inavoués ?
Un certain nombre d’événements peuvent déjà constituer un début de réponse. Il y a l’affaire des moines de Tibhirine assassinés en 1996 officiellement par le GIA, que la France ne veut pas enterrer. Il y a aussi l’affaire du diplomate algérien Hasseni qui a entrainé une levée de boucliers côté autorités algériennes. Hasseni était sous contrôle judiciaire depuis aout 2008, la justice française lui reproche d'être le commanditaire de l’assassinat de l’opposant Mecili à Paris en 1987. Comme par hasard plus d'une année après (février 2010), le parquet de Paris vient de déclarer un non-lieu (comme si Paris voulait calmer le jeu suite aux derniers événements). Il y a aussi l’affaire Cheb Mami, un ami du président, en prison pour 5 ans, et auquel la justice française aurait refusé la demande de purger sa peine en Algérie. Et bien d’autres affaires que nous ignorons. Cela expliquerait en partie ces pressions d’Alger sur Paris, pour l'obliger à lâcher du lest.
On peut aussi penser que ces attaques sont destinées à la consommation interne pour faire diversion, avec la France comme bouc émissaire. « L'Algérie est assise sur un volcan », déclarait récemment Aït Hamouda le député RCD à l'Assemblée Nationale. Les énormes potentialités du pays, l'embellie financière exceptionnelle de la dernière décennie, ne peuvent profiter à la majorité des Algériens, car nous sommes dans un état de non-gouvernance. Conséquences, la société est en ébullition, même si le foot vient de temps en temps au secours de nos dirigeants. Sur le plan social, on relève un taux de chômage élevé, cherté de la vie et inflation galopante, restrictions des libertés sous le régime de l’état d’urgence … Sans compter des grèves qui n’en finissent pas, dans des secteurs aussi délicats que sont l’éducation et la santé, et surtout des scandales financiers d’une ampleur astronomique. Aucun secteur n’est épargné. Et puis il y a ces turbulences au sein du FLN depuis quelques mois, et qui a du mal à organiser son congrès...
Maintenant si nos députés sont vraiment sincères en voulant criminaliser le colonialisme, qu’ils cherchent aussi du côté des Beni hillal, venus d'Arabie en Afrique du Nord, et qu' Ibn Khaldoun dans « La muqadima » avait décrit comme des tribus sauvages, brûlant et pillant tout sur leur passage. Il y a aussi les Turcs qui ont passé plus de 4 siècles chez nous. Et plus récemment les Saoudiens et les Iraniens, qui ont injecté avec des complicités internes, les idéologies salafiste et chiite dans la société algérienne, pour produire la violence, des millions d'intégristes intolérants, au détriment du sunnisme tolérant de nos ancêtres.
Les conséquences sont dramatiques, dislocation de la société algérienne devenue intolérante, apparition du terrorisme islamiste, qui est un phénomène étranger à notre société, entrainant l'assassinat de milliers de personnes, sans compter les disparus. Il faudrait donc que ces députés demandent la création de tribunaux spéciaux, pour juger tous ceux qui ont commis ces crimes. Non, c'est le contraire qui s'est passé, on leur pardonne sans les juger, par la grâce d'une loi portant réconciliation nationale. Ce n'est pas tout, ils devraient demander aussi que des enquêtes sérieuses soient ouvertes pour faire la lumière sur la mort de Abane Ramdane, Krim Belkacem, Khemisti, Seddik Benyahia, plus récemment Boudiaf etc. Pourquoi n'ont-ils pas aussi, en tant que représentants du peuple, dénoncé haut et fort les scandales financiers et exiger plus de transparence dans la gestion des affaires de l'Etat pour mettre un frein à la corruption? Peut-être que cela ne les dérange pas, parce qu'ils ont leur part du gâteau, notamment un salaire de 30 millions de centimes mensuel.
Si vous ne pouvez pas faire cela, de grâce ayez la décence de vous taire. Soyez pour une fois humbles, car vous nous faites honte à vous rabaisser pour quémander la repentance, des indemnisations et on ne sait quoi encore. Prenez donc exemple sur cet héroïque peuple vietnamien, qui a su rester humble et digne, avec du nif (honneur) à en revendre. Malgré ce qu’il a subi, a t-il fait un quelconque procès à la France et aux USA ? Ce peuple a retroussé ses manches, et s'est résolument tourné vers l’avenir. Aujourd'hui le peuple vietnamien est très respecté, surtout par ceux qui lui ont fait subir les pires atrocités, parce que ses responsables ne passent pas leur temps à pleurnicher à la face de leurs anciens bourreaux. Le Vietnam est en passe de devenir une puissance régionale. Quant à vous, vous ne voulez pas cesser de regarder en arrière oubliant l’essentiel, avancer. A force de regarder derrière soi, on finit inéluctablement par se cogner la tête. Et c'est ce qui ne cesse de nous arriver depuis 1962. Votre attitude nous dérange, nous tape sur le système. Cessez donc d'exploiter le fait colonial à des fins politiciennes (c'est la raison qui aurait poussé certains partis, dont celui de Louisa Hanoun, à ne pas cautionner le projet de loi).
Vous les responsables, les députés et les militants du FLN, qui êtes majoritairement de la génération d'après guerre, parlez comme si vous aviez fait cette guerre. Vous voulez en fait pérenniser la légitimité historique d'un parti, qui l'a perdue avec la disparition de ceux qui l'ont crée, ceux qui le composaient, pour libérer le pays. Ceux-ci ont laissé la place à une génération d'opportunistes que vous êtes, donneurs de leçons de patriotisme et de nationalisme, juste parce que vous êtes dans un parti, pour lequel vous continuez à revendiquer la légitimité historique donc le pouvoir. Sans cela vous n'êtes rien. Le peuple algérien ne vous écoute plus, lui que le quotidien harasse, qui a d'autres préoccupations et qui ne voit rien pointer à l'horizon. Cessez de mettre nos malheurs d'aujourd'hui sur le compte de la colonisation, car qu'avons-nous fait de notre indépendance, cinquante après, à cause de tous ceux qui ont prit en main les rênes de ce pays? Sans commentaires, car la réalité parle d'elle-même.
Il ne s'agit pas pour nous de décriminaliser le colonialisme français, de laver la France coloniale de ses crimes en Algérie. Ce n'est un secret pour personne, sauf peut-être pour les initiateurs de la loi de février 2003, qui met en exergue des bienfaits de la colonisation, comme si le peuple algérien était sauvage avant l'invasion des Français. Cette loi ne fait pas honneur à la France des droits de l'homme, car tout en vantant la présence française en Afrique de Nord, elle garde un voile sur ce qu'a subi le peuple algérien plus d'un siècle durant. Il y a eu les essais nucléaires au Sahara, mais la télévision algérienne ne dit pas qu'ils ont continué après l'indépendance, avec l'accord des autorités algériennes de l'époque, qui ont donc une part de responsabilité sur les conséquences dramatiques. Il y a eu ces millions de mines le long de nos frontières, que l'armée algérienne n 'a pas encore fini de détruire, et qui continuent à faire des victimes, et nous en passons.
Par Mus
