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Les scandales financiers n'en finissent pas d'éclabousser la scène algérienne. Pendant ce temps le peuple est occupé avec le football, il n'a d'yeux et d'oreilles que pour son équipe nationale, comme si ces sommes colossales n'étaient pas siennes. Pire encore, la rue n'en parle même pas.
Tout le monde sait que le phénomène n'est pas nouveau en Algérie, la corruption a toujours existé même du temps de Boumediene, mais pas à cette échelle. Ces dix dernières années, elle a pris une ampleur gravissime, menaçant même la survie et la sécurité de l'État. Les malversations, les détournements se font à ciel ouvert, dans l'impunité totale. Elle concerne la Sonatrach, l'autoroute est-ouest, la pêche, l'hydraulique, les chemins de fer, Algérie télécom ..., en un mot tous les secteurs, au point que certains disent « La maison tchippa (corruption) », pour nommer l'Algérie. De hauts cadres, des PDG, des directeurs, sont soupçonnés d'avoir touchés des pots de vin et de détournements d'argent à leur profit. Et il s'agit de sommes faramineuses. Alors qu'on jette au pauvre smicard 15000 DA mensuel, une somme que ces gens et autres cadres, députés et sénateurs dépenseraient en moyenne quotidiennement.
Certains avancent que ces responsables sont tentés parce que leurs salaires ne sont pas à la hauteur des responsabilités qu'ils assument. Comparés à nos voisins, et à ce que touchent les députés justes pour se présenter au siège du parlement et lever le bras pour approuver tout, ils se considèreraient sous-payés. Ils gèrent des milliards, et la responsabilité est énorme. Ça s'est une autre histoire, et rien ne peut justifier le vol de l'argent de tout un peuple.
Ce qui est intriguant dans ces affaires, notamment celle de Sonatrach (Le PDG a été arrêté), c'est que ce soit le Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS) dirigé par les général Toufik, qui a mené l'enquête et a dévoilé le scandale, et non celui de la justice. Pourquoi ce réveil subit de la DRS pour faire le ménage? Est-ce vraiment un sursaut d'orgueil pur sauver l'Algérie du naufrage économique et intégriste dans lequel on l'a plongé durant cette dernière décennie, ou juste une lutte d'influence autour de la vache à traire qu'est Sonatrach? Est-ce une guerre contre le camp Bouteflika? L'on se rappelle l'empire qui a été bâti autour de Khalifa durant les années 90, et que Bouteflika a balayé dès son arrivée au pouvoir. Est-ce la réplique de ceux qui étaient derrière Khalifa? Ou alors est-ce juste un scoop pour permettre au contraire à Bouteflika de montrer un autre visage, de redorer son blason, et assoir encore plus son pouvoir et surtout assurer sa relève et sa pérennité, et qui ferait partie d'un deal? Du bruit, beaucoup de bruit, et dès que le deal serait scellé motus, nous n’entendrions plus parler de ces affaires ? Les loups se sont-ils un jour bouffés entre eux?
Concernant l'enquête que mène la DRS, rien qu'au niveau de Sonatrach, plusieurs branches sont concernées. Même le responsable de la construction de la nouvelle ville de Hassi Messaoud (un méga projet), en fait partie. L'image de ce géant des hydrocarbures sera bien ternie, et les conséquences pourraient être préjudiciables même pour toute l'Algérie. Méziane, le PDG aurait avoué lors de son interrogatoire, tout en chargeant le ministre de l'énergie et sa femme (une Américaine d'origine palestinienne). L'Algérie aurait demandé la collaboration des autorités et banques européennes pour s'informer des biens des mis en cause.
Mais ce serait faire preuve de naïveté, que de croire que nous sommes en présence d'une opération « mains propres » de grande envergure. Nous en avons connu d'autres, y a t-il eu quelque chose de changé? La lutte contre la corruption, fléau propre à tout État de « non-droit » dont le notre, passe d'abord par la création d'un environnement favorable. Ce n'est un secret pour personne que plus les affaires de l'État sont gérées dans l'opacité, moins il y a de transparence et de démocratie, plus le fléau fait son lit pour gangréner toute la société. S'il y avait une volonté d'en finir, il aurait fallu donc créer les conditions sinéquanun, qui passent par la démocratisation de la société afin d'élargir le contrôle. Quand un président s'entoure de gens sur lesquels on ne dit pas que du bien, sur lesquels pèseraient plus que des soupçons, on a du mal à croire que la corruption ait été un jour une préoccupation pour lui. Pour l'instant on gave le peuple de foot, et demain sera un autre jour.
Par Mus.
