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La maison de la culture Mouloud Mammeri a abrité le 27 et 28 décembre 2009 une rencontre sur l'homme et son oeuvre. L'homme qui disait déjà en 1967 (jeune Afrique) « Si l'Algérie est arabe pourquoi l'arabiser, et si elle n'est pas arabe pourquoi l'arabiser » ; celui qui était en quête de notre histoire, de notre identité, la vraie ; celui qui a entrepris de traduire ses textes en Tamazight méritait bien ce colloque-hommage (20ème anniversaire de sa mort en octobre 2009), à Tizi Ouzou.
Son œuvre est grandiose, elle reste encore à découvrir. Il était à la fois romancier, dramaturge, journaliste et poète. Il est l'auteur de « Nedjma », « Le polygone étoilé » comme romans, et de plusieurs pièces de théâtre. Nous citerons « Mohamed prend ta valise » qui traite de l’émigration algérienne ( « C'est dégoûtant, c'est plus la France. Il n'y a plus d'Algérie française, il n'y aura pas de France algérienne. On veut la France pour les Français.»). Il y a aussi « La guerre de 2000 ans », une fresque qui va de l’islamisation des Aurès à la marche verte de Hassan II. Les premières paroles sont de la Kahina (dans la pièce) combattant les Arabes : « Ils voilent leurs femmes pour mieux les vendre… Il ne faut surtout pas qu’elles parlent, qu’on les écoute. Une femme libre les scandalise, aveuglés par leur religion… ». « Les ancêtres redoublent de férocité », écrite vers la fin de la guerre d’Algérie, traite elle de cette même guerre, tout comme « L'homme au sandale de caoutchouc » est un hommage au Vietnam, ou encore « Palestine trahie ». Il nous a laissé également des dizaines d’articles de presse, et quelques poèmes dont mis de mieux connaître celui dont la vie et l’œuvre étaient une quête de l’histoire et de l'identité d'un peuple. C’était d’ailleurs sa préoccupation fondamentale, au point d’entreprendre de traduire ses textes en tamazight. Des universitaires venus de Tizi Ouzou, Béjaïa, Guelma et Alger, des associations dont « Grain magique », la direction de la culture de Guelma, l’école des beaux-arts d’Azazga…ont apporté leur contribution à la réussite du colloque et de l’hommage.
Monique Enckelle est venue nous lire « Dans la gueule du loup », tiré de l’œuvre de Kateb Yacine. Dans la même matinée (dimanche), le film documentaire d’Ali Fateh Ayadi, consacré à Kateb « L'homme des certitudes et poète des opprimés », a été projeté. Des universitaires ont tenu des conférences-débats sur des thèmes comme « Le 8 mai 45 et le soliloque », « Passion amoureuse dans Nedjma », « Couleurs obsédantes dans le contexte Katébien »…auxquels a assisté un public averti et connaisseur. De leur côté, Fadhéla Kateb (sa sœur), Ouiza la veuve d’Ali Zamoum (ami de Kateb), ancien maquisard et défenseur acharné des libertés, ont apporté d’émouvants témoignages sur l’homme. De Sétif est venue la troupe « Les compagnons de Nedjma », pour interpréter la matinée du lundi, une pièce en hommage à l'écrivain. En marge de ces activités, s’est tenue une exposition de photos, d’articles de presse et d’affiches. La sœur à Kateb a contribué à cette exposition, en proposant des photos et des manuscrits inédits, ainsi que des objets personnels de son frère.
La clôture de l’hommage fut très émouvante. Des cadeaux symboliques ont été remis à tous ceux qui ont contribué. La sœur de Kateb fut très émue, quand on lui a remis un portrait réussi de son frère, réalisé par les élèves de l’école des beaux-arts d’Azazga. Elle ne put retenir ses larmes et les mots avaient du mal à sortir de sa bouche : « Je suis très émue, très heureuse d’être en Kabylie, car cette région est importante pour nous, elle est le berceau de nos ancêtres…Ce que j’ai vu à Tizi Ouzou m’a réconforté, mon frère n’a pas été oublié, il est dans les cœurs des jeunes de la région…Merci.» Le groupe Debza, qui porte très bien son nom, est venu clôturer un hommage bien mérité. Nous retiendrons ce refrain « Devant l’usine ils ont construit une mosquée, et à la place du jardin une prison… »
Par Mus





