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Octobre 88 à Alger : les illusions perdues

Actualité - Histoire


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Octobre 88 à Alger : les illusions perdues Que peut-on retenir de ces émeutes, les premières a Alger depuis l'indépendance? Celles qui ont, disait-on, ébranlé le système, huit ans après le printemps Berbère en Kabylie. Des émeutes qualifiées de l'autre côté de la méditerranée d’« émeutes de la semoule », pour nous humilier, alors que c'était loin d'être le cas. Les Algériens ont plus faim aujourd'hui qu'en 88, et personne ne bouge pour cela.

On se rappelle que l'algérien a connu quelques années « fastes » (80 à 84), dès l'arrivée au pouvoir de Chadli. Sous le slogan « Pour une vie meilleure », avec un programme anti-pénurie (PAP), le marché algérien fut inondé de maintes produits. Comme si inonder les marchés de tout, et souvent de n'importe quoi (superflu), suffisait à rendre la vie des gens meilleure. L'algérien passait ainsi brusquement d'une consommation très parcimonieuse, économe, à une autre effrénée encouragée par les autorités, pour paraître bien, pas comme le pouvoir de Boumediene qui a privé le peuple de tout faste.

Les gens achetaient des bananes par carton, du fromage gruyère par kilo, des œufs par plaquettes etc. Il n'y avait pas un foyer, où l'on ne trouvait pas au moins deux téléviseurs, de la vaisselle à profusion, de l'électroménager etc.… Que la majorité des algériens découvraient pour la première fois.

Mais la réalité, la vraie, finit vite par rattraper le pouvoir et les Algériens. Les prix de l'or noir étant fluctuants, ce qui devait arriver arriva, dès 1986 avec la chute des prix du pétrole. L’Algérie plongeait dans une crise financière. La PAP a vidé les caisses, il a fallu avoir recours à l'emprunt, le pétrole étant la garantie, et limiter les importations. Finies les années fastes de 80 à 84, fini « la vie meilleure » On avait bien compris que ce n'était point cela le plus important, que le pays n'irait pas loin sans des réformes. Deux tendances se confrontaient, d’une part les réformateurs menés par Chadli, d’autre part les conservateurs. Comment imposer ces réformes si nécessaires? Tout porte à croire que les émeutes d'octobre 88 ont été provoquées pour.

Il fallait donc que le peuple sorte dans la rue, pour faire croire que Chadli a cédé à la pression de la rue quand il annoncera les réformes. A partir de 86 on parlait de crise financière, le faste des années  81, 82, 83, 84, et même 85 avec le PAP disparut soudainement pour laisser de nouveau place progressivement aux pénuries, particulièrement celle des produits de premières nécessité (semoule, huile...). Dans son discours du 19 septembre 88 Chadli a accusé le FLN et le gouvernement de lui mettre les bâtons dans les roues, de saboter. Il a dénoncé les incompétents, et a prié ceux qui ne pouvaient pas assumer leurs responsabilités de partir. Dans le même discours, il exhortait les algériens à s'opposer à la vie chère, il a même donné l'exemple de l'Egypte ou les Egyptiens avaient boycotté la viande à cause de son prix. Du même coup, dès 1986 l'allocation touristique fut supprimée. Ce n’était pas tout. Il fallait associer certaines forces qui exerçaient dans la clandestinité. Le rôle de manipuler et créer l’émeute fut dévolu au PAGS (Parti communiste Algérien, clandestin). Avec des promesses pour des réformes politiques. Les réformateurs ne voulaient pas non plus d'un embrasement généralisé qui serait incontrôlable. Ils craignaient par-dessus tout que les Kabyles qui n’avaient pas obtenu ce qu’ils voulaient lors des manifestations d’avril 80, profitent de la conjoncture pour récupérer celle-là et créer un embrasement général. Il fallait donc tenir la Kabylie en dehors de l'événement. Le rôle de neutraliser la Kabylie fut dévolu à Saïd Sadi et Aït Hamouda Noureddine, en contre partie toujours d’engager des réformes politiques (multipartisme notamment). A côté de tout cela, des rumeurs persistantes annonçaient une grève générale pour le 5 octobre.

Le décor fut ainsi planté pour faire jouer la pièce. Le 5 octobre, quelques dizaines de jeunes déferlent de la rue Didouche. On a assisté alors aux premières scènes de pillage, la rumeur a fait la suite, tout Alger rentra dans l'émeute. Mais le mouvement s'essouffla dès le lendemain, ce fut comme un feu de paille. Ce n'était pas assez, il fallait beaucoup plus que ça pour convaincre, pour faire croire à une révolte sérieuse et spontanée. Manipulés, ou se laissant manipuler, les islamistes plus prompts à mobiliser grâce aux mosquées, font sortir dans la rue des Milliers de jeunes et moins jeunes. Des hommes en civile dans des véhicules banalisés tirent sur la foule et disparaissent, pour amplifier les émeutes. Chadli a pris tout son temps, le temps nécessaire pour s'adresser au peuple.  Mais elles ont pris des proportions auxquelles le pouvoir ne s'attendait pas. La situation devenait incontrôlable.

A la demande de Chadli, le cheikh Sahnoun (après que Abassi Madani ait refusé) appelle de la mosquée de Belcourt au calme, après que des imams aient appelé à partir d’autres au Djihad. La montée de l'Islamisme venait de commencer, d'autant plus que les leaders avaient des tribunes, les mosquées pour s'organiser, discourir... En marge des manifestations et selon des témoins, des dizaines de citoyens ont été torturé dans les commissariats, les casernes et les gendarmeries. Ce n’était pas assez, deux camps de tortures ont été improvisés: l'un à Ben Aknoun (hauteur d'Alger) et l'autre à dix kilomètres plus loin, à Sidi Ferruch (dans un camp de vacances). Dans les commissariats on a fait signer des PV, sans que les concernés ne prennent connaissance du contenu, sous peine de torture.

Le 10 octobre Chadli s'est enfin adressé aux algériens, pour annoncer les réformes politiques (qu’il souhaitait) qui seraient soumises à l'approbation du peuple par référendum (3 novembre 1988) et économiques. Le calme revint et comme par enchantement, les produits qui avaient disparus des étals réapparurent, même l'eau s'est mise à couler (pour un temps) à flot dans les robinets des Algérois. Ces émeutes n'ont pas été sans conséquences: on a parlé de plus de 500 victimes, 4000 arrestations et des milliards de pertes. Au lendemain de l'intervention de Chadli, on a bien tenté d'organiser des manifestations de soutien. A Tizi Ouzou qui a gardé globalement la neutralité, des échauffourées ont éclaté le 12 pour empêcher justement l'organisation d'une marche pro-Chadli.

En 1991, le FIS « gagne » les élections législatives, Chadli voulait aller jusqu'au bout de sa logique démocratique, on le pria de déposer sa démission et de s'en aller. Quelques mois après on a  ramené du Maroc où il s'était retiré depuis 1963, Boudiaf. Dès son retour il a annoncé que le FLN appartient à tous les Algériens, il doit aller au musée. Il a dissout le FIS et en quelque mois les Algériens l'ont adopté au point de devenir l'espoir de tous. Ses positions, ses projets, son franc-parler sa popularité grandissante dérangeaient. Six mois après il fut assassiné à Annaba en direct à la télévision. Les forces anti démocratiques avaient repris le dessus par la violence. Dès lors ils ont entrepris progressivement, d'étouffer les démocrates pour ne laisser que des marionnettes, juste pour les besoins des « scrutins pluralistes » joués à l'avance et à coup de milliards. Que 46 après l'indépendance le Président est aussi ministre de la défense, nous renseigne bien sur les progrès que nous avons fait en matière de démocratie et de stabilité du pays. En fait, la violence qui a commencé dans les maquis pour le pouvoir, est toujours présente.

Octobre 88 a été une lueur d'espoir pour les Algériens. Avec le multipartisme ils croyaient que la page était définitivement tournée, et qu'on allait s'acheminer vers une véritable alternance démocratique au pouvoir. Ils croyaient que c'était la fin de l'opacité, dans laquelle étaient menées les affaires du pays. Il n'en fut rien, 21 ans après nous revoilà à la case de départ, à la seule différence qu'on place des lièvres pour faire croire que les élections sont pluralistes. Le FLN  est toujours là, plus fort encore après un recul stratégique et à la faveur de la dissolution de l'ex FIS, dont le contrôle lui avait échappé.

Jamais de mémoire d’Algériens le pouvoir d'achat n'a atteint de telles profondeurs. Les lois et réglementations sont plus que jamais piétinées. La corruption, le mépris, le déni de justice…sont devenus un mode de fonctionnement. L’opposition, la véritable, a doucement mais sûrement été étouffée, et le peuple se comporte comme s’il avait été anesthésié. La pérennité du pouvoir est de nouveau assurée, la démocratie n’est même plus d’actualité, c’est foutu, ce n’est  pas pour nous.

Par Mus.

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