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Juste avant le Ramadan, les responsables de la télévision algérienne ont annoncé en grande pompe un programme qui séduira les plus irréductibles des algériens. Les téléspectateurs découvriront une riche production nationale, allant du feuilleton au film en passant par les divertissements etc.
Trois semaines après, le verdict est tombé: ou les responsables sont profanes, qu'ils ne connaissent rien, puisqu'ils considèrent que ce qu'ils nous ont proposés est d'un bon niveau, ou alors ils nous prennent pour des attardés mentaux prêts à apprécier n'importe quoi, incapables de distinguer ce qui est de qualité du reste. Le plus souvent ce qu'on nous a montré frise le ridicule, la débilité.
A commencer par les caméras cachées de Mohamed Khan qui visiblement est à court d'imagination. Elles sont d'une banalité, d'une stupidité à se demander pour qui il prend les téléspectateurs. Elles le sont tellement qu'on voyait bien, même s'ils ne le montraient pas, que certains piégés se rendaient compte mais jouaient le jeu. En ces temps difficiles, il faut beaucoup plus que ça pour faire rire les Algériens.
Côté série, mis à part « Djemaï family », à qui l'on peut accorder la mention «digérable », le reste est quelconque. Même « Imarat Hadj Lakhdar » (l'immeuble Hadj Lakhdar) qui avait séduit l'année dernière, n'a pas pu récidiver cette année. Il nous est revenu avec « Souk Hadj Lakhdar » (Le marché Hadj Lakhdar). Ce que nous avons vu est effectivement un véritable souk, pas du tout drôle, avec des répliques parfois improvisées, maladroites, ridicules, de quoi irriter.
Et puis il y avait les inévitables et omniprésents feuilletons « historico-religieux » qui nous viennent du Moyen-Orient et auxquels s'identifient beaucoup de nos concitoyens à force d'en voir. Et pourtant ils n'ont rien, absolument rien de commun, sauf celui d'avoir la même religion. Beaucoup vont même jusqu'à s'approprier ce pan de l'histoire de l'Arabie, et en faire référence comme arguments, lors de leurs discours, leurs causeries etc.
Fait inhabituel, la publicité se taille la part du lion. Certes il faut se faire de l'argent, mais il ne faut pas pour autant en abuser, car la télévision algérienne reste fortement subventionnée par l'état, sans compter les redevances télé que payent les ménages.
Et puis surtout il y a ce feuilleton de Lamine Merbah « Darna lakdima » (Notre ancienne maison), qu'on programme et déprogramme au gré de l'humeur des censeurs. Les productions de qualité dérangent. Quand elles traitent particulièrement de politique, elles passent mal du côté de la télévision algérienne. Ce feuilleton a tellement été maltraité, qu'il a fait réagir le réalisateur. Sid Ali Kouiret, l'acteur principal, s'est également insurgé en accusant le média d'atteinte à la liberté d'expression. Il traite l'histoire de cet homme (Kouiret) qui refuse de se réconcilier avec son fils, libéré de prison après avoir été arrêté pour terrorisme. Cela va à contre-sens de ce qu'a fait le pouvoir, avec la réconciliation nationale. Voilà ce qui dérange dans cette production. On parle même d'autres productions annoncées pour le Ramadan, mais déprogrammées par ceux qui manient tellement bien les ciseaux.
Et cette 4ème chaîne soi-disant Berbère mais qui véhicule tout autre chose. A regarder les programmes, on constate de suite que ce n'est point un cadeau pour les Amazighs. Ce n'est point la chaîne pour promouvoir la culture Amazigh qu'on attendait. Elle est plutôt là pour renforcer les moyens déjà existants, pour arabiser et islamiser. Cette chaîne mène une véritable opération de "déculturation" du peuple Kabyle. Elle est une insulte de plus, de trop, au peuple Kabyle
Et puis la télévision nous a montré les joueurs de l'équipe nationale, alignés derrière l'entraineur Saâdane, pour accomplir la prière avant la rupture du jeun. Cela s'est passé durant la préparation du match contre la Zambie. Le message est clair, il est destiné aux jeunes, façon de dire « Voyez, même les joueurs de l'EN pourtant issus de l'émigration, font la prière ».
Après la victoire on nous a montré des images « spontanées » de jeunes en liesses, scandant le nom du président. C'est lui qui était sur le terrain de Blida, pour se battre 90 minutes durant pour arracher peut-être la qualification, 23 ans après.
Enfin, la télévision algérienne fait dans la continuité quand à la propagande d’arabisation et de fanatisation du peuple. L’image est aujourd’hui plus intelligente. Elle n’hésite pas à faire référence à la culture Kabyle à travers robes ou poteries, tout en gardant des discours en Arabe. Comme pour dire au peuple kabyle : continuez à mettre vos robes et à faire vos poteries, mais parlez en Arabe !
Nous nous contenterons de ce bref, juste pour montrer à quel point les algériens seront à plaindre, le jour où ils ne pourront plus avoir accès aux chaines étrangères. Ah si la bêtise tuaient!
Par Mus
