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Juin 2001, les manifestations et affrontements entre jeunes et services de sécurité venaient de faire 126 victimes, des centaines de blessées dont beaucoup handicapés à vie. Le printemps Berbère venait de se transformer en printemps noir.
Les délégués des Archs (structure mise en place pour canaliser les manifestants et porter la revendication) venaient d'élaborer une plate-forme de revendications (La plate-forme d'El-Kseur) à l'adresse du pouvoir central. Devant le silence des autorités, il fut décidé de la porter jusqu'à la présidence de la république à Alger, à l'issue d’une marche sur Alger.
Les jeunes de Béjaia, Bouira, Boumerdes, Alger, Tipaza, Djelfa et d'ailleurs se sont alors donnés rendez-vous le 14 juin pour converger vers la capitale. Certains étaient partis à pied plusieurs jours avant, donnant une autre symbolique à la marche. Une marée humaine estimée à au moins deux millions de personnes, comme n'en avait jamais connue l'Algérie, arrivait aux portes d'Alger. La marche se voulait pacifique: remettre au président de la république le document portant la plate-forme d'El-Kseur.
Le résultat est connu, un scénario digne des plus grands metteurs en scène: une honteuse manipulation de jeunes algérois pour créer l'affrontement avec les marcheurs; des flics qui ont reçu l'ordre de provoquer puis de se laisser tabasser devant les caméras du pouvoir; une télévision qui n'a cessé de montrer des images manipulées des marcheurs. Plus grave, ceux-ci étaient présentés par les commentateurs comme des sauvages, des êtres primitifs descendus de leurs montagnes perturber la quiétude des algérois civilisés, casser et brûler la capitale. Le message était clair, les algérois jaloux de leur ville ne doivent pas laisser faire. Des casseurs ont été recrutés avec des cibles bien précises, pour mettre ça sur le compte des marcheurs. Des dizaines de magasins ont été dépouillés par des algérois, sous le regard hagard des kabyles.
Ecœurée, Tassadit Yacine disait à l'époque : "Le pouvoir est allé plus loin encore dans ses manigances puisqu'il n'a pas reculé devant des pratiques racistes chères aux nazis, pour blesser un peuple meurtri. Les manifestants ont été traités de hordes sauvages, de vandales et de "kabyles" par une police civilisée, qui au même moment sert de paravent pour des vendeurs de drogues, à des islamistes repentis qui s'en prennent à ceux-là même qui tentent de sortir le pays du marasme"
Ce 14 juin a aussi eu son lot de victimes, des jeunes ont carrément été jetés dans l'oued puant d'El Harrach. Un jeune d'un village kabyle, avait dit à sa mère qui voulait l'empêcher d'y aller: « Je ne vais pas à la guerre, maman, c'est juste une marche pacifique pour crier notre ras le bol ». Il a été tué avant même de rentrer à Alger, par un véhicule venu faucher des marcheurs. Le crime est resté impuni, puisqu'aucune enquête n'a été ouverte.
Ce jour, le pouvoir a montré au monde entier ce dont il était capable : manipulations, mensonges, utilisation de la télé du peuple contre ce même peuple etc. Ce jour là surtout, le peuple algérien a raté une occasion de plus, en or cette fois ci, de se joindre aux kabyles pour imposer le changement.
Par Mus
