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Tout avait commencé par de simples vols de pétrole brut. Des citoyens perçaient carrément des oléoducs pour se servir, causant plusieurs fois des accidents mortels. La situation a bien évolué aujourd'hui.
Pour faire entendre leurs voies, les rebelles du Mouvement d'Emancipation du Delta du Niger (MEND) bien armés, sabotent des oléoducs causant d'importantes pertes. Ils ont détournés jusque là des cargaisons entières de pétrole, qu'ils ont raffinées dans des raffineries africaines pour les vendre.
Revendiquant une partie des revenus pétroliers pour leur région d'où est extrait l'or noir, ils se servent. Depuis que l'armée régulière et les forces de police (JTF) ont lancé des attaques contre ces rebelles, la situation s'est dégradée.
Les combats font rage depuis quelques jours. Le MEND a multiplié les opérations de sabotages des installations pétrolières, détruisant des tronçons entiers de pipe-line. Ce qui a contraint à l'arrêt de la production pour éviter les dégâts à l'environnement. La semaine dernière des cargos ont été la cible d'attaque, et les rebelles ont donné un ultimatum aux compagnies étrangères pour partir (avant vendredi dernier). Ils reprochent à l'armée de bombarder aveuglément avec des hélicoptères de combats, faisant des centaines de victimes civiles parmi les Ijaw (ethnie locale). C'est pour cette population laissée pour compte, selon les rebelles, que le MEND revendique une meilleure répartition des revenus du pétrole. La production a baissé de près de 50%, et va plonger encore plus le Nigeria dans une grave crise, selon les observateurs.
Le Nigeria n'est pas à sa première rébellion à cause du pétrole. Déjà une guerre civile avait fait plus d'un million de morts entre 1967 et 1970, quand le Biafra (sud-ouest du pays), décida de fonder sa propre république. Mais le pétrole tant convoité avait entraîné l'intervention de plusieurs puissances étrangères. La France soutenait les sécessionnistes, les américains, russes et anglais le pouvoir central de Lagos. Durant les années 90, le Mouvement Pour la Survie du Peuple Ogoin (MOSOP), revendiquait une meilleure répartition des richesses et des réparations pour la pollution causée par le « torchage » des gaz. En 1995, son chef (Ken Saro Wiwa) et 8 autres militants ont été jugés et pendus. Shell est accusée d'être impliquée indirectement dans ces assassinats d'opposants, qui dénonçaient l'exploitation de l'or noir d'une manière préjudiciable au Nigeria. Shell set jugé en ce moment par un tribunal américain.
Devant la situation qui se dégrade de jour en jour, certains pays occidentaux sont inquiets. Par pour le pauvre peuple Nigérians ou les pauvres Ijaw, mais pour leurs intérêts bien sûr. François Fillon n'a pas attendu longtemps pour se rendre sur place. Il a même visité la plate-forme de Total. Il est allé proposer les services de la France pour « sécuriser la région ». Ce n'est pas fortuit, car Total est bien implanté là-bas. Il s'agit selon lui d'apporter un soutien logistique, une formation d'unités nigérianes et faire profiter l'armée nigériane de l'expérience de son homologue française en la matière. Il exclut l'envoi de contingents militaires. Il s'agit donc de renforcer les capacités de l'armée du Nigeria pour exterminer la rébellion. Une manière de procéder qui ne fera qu'attiser la tension, et plonger le pays dans une guerre générale.
Ceci nous ramène en 1967. L'histoire semble se répéter, et tout le monde a déjà oublié ce génocide qui avait ému en son temps le monde entier. On dirait bien que la leçon n'a pas été retenue. Il faudrait que ceux qui attisent le conflit, revoient d'abord les images choquantes de ces petits Biafrais qui n'avaient plus que la peau sur les os et qui mourraient de faim comme des bêtes. Le bon sens ferait que de tiers pays interviennent en tant que médiateurs, pour amener les belligérants à la table de négociations. La France, le pouvoir de Lagos et les autres, ont peut-être plus intérêt à ce que la rébellion soit écrasée. Ce n'est un secret pour personne, dans la majorité des pays africains les populations ne profitent pas assez ou pas du tout des richesses qui sont entre les mains de quelques hommes du pouvoir et des multinationales. On voit très mal la France se contenter d'un soutien juste matériel, si les choses tournaient en faveur des rebelles. On se rappelle des droits de l'homme juste pour faire pression, dès que des intérêts sont acquis on ferme l'œil sur tout.
Par Mus
