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Notre patrimoine matériel va t-il enfin renaître de ses cendres. Laissé longtemps à l'abandon par les pouvoirs publics, pendant qu'une bonne partie de la population ignorait son intérêt, il a subi de graves préjudices (pillage, dégradation...). Comme s'il y avait une volonté délibérée, d'effacer une partie de notre histoire, et de ne mettre en valeur que ce qui a trait à l'arabité et l'islamité.
Par contre, le patrimoine arabo- musulman a été bien sauvegardé (entretien, restauration…). Mais on se fait toujours rattraper par l'histoire, surtout qu'en Algérie, elle est omniprésente. La terre algérienne n'a pas fini de dévoiler tous ses secrets. Quoiqu'on ait effacé, il en restera toujours.
Rien que ces dernières années, d'importants sites archéologiques ont été découverts un peu partout dans le pays. On citera celui découvert vers la fin de l'année dernière à Kherba (Skikda), qui remonterait selon les spécialistes à l'époque romaine. Il y a aussi une grotte habitée au paléolithique supérieur, découverte au mont de Gueldamane situé sur la rive sud de l’oued Soummam, en Petite Kabylie. Selon l’auteur de cette découverte, Kherbouche Farid, ce site très ancien témoigne de l’existence d’une industrie osseuse. Il a également trouvé des tessons de poterie, des ossements d’animaux préhistoriques, des ustensiles de cuisine, des colliers, des parures et d’autres objets inhérents à l’économie de production.
Mais le site qui n'a pas encore dévoilé tous ces secrets reste celui de Tébessa (Thevest).
C’est pourquoi un recensement des sites archéologiques a été initié par les directions du tourisme et de la culture. Elle se prolongera jusqu'à la fin de l'année, pour faire connaitre les multiples vestiges archéologiques et historiques dont regorge la région. Ce projet a été lancé après que d'impressionnantes découvertes aient été signalées par des paysans de la région. D'ailleurs une série de silos de la période romaine, reliés l'un à l'autre sur une longueur de 2 km, a été découverte avec de simples coups de pelles à Tazbent. Récemment encore un cimetière romain et des citadelles sont venus enrichir la liste.
Thevest, comme bien d'autres villes historiques, méritait bien un musée. C'est chose faite, il sera régional, d'archéologie et va voir le jour dans quelques mois. Dans le même chapitre, toujours à l'est du pays, le musée du Hodna de M'sila, relevé récemment au rang de musée national, va connaître une extension. Il était temps car la région recèle aussi d'importantes richesses, notamment archéologiques.
Plus au nord, les sites archéologiques de Mila suscitent beaucoup d'intérêt, surtout de la part des universitaires et chercheurs. Pas moins de 10 études sur le thème, ont été lancées pour l'année en cours. Toujours dans le cadre de la réappropriation de notre patrimoine et de sa connaissance, le musée national du Bardot a bénéficié d'une importante acquisition en 2008. En effet une centaine d'œuvres sont venues enrichir les collections ethnographiques du musée. Selon Fatima Azzoug, directrice du Musée national du Bardot. "Les pièces acquises, que ce soit sous forme d'achats ou de dons, offrent un intérêt scientifique, historique et muséographique. Elles vont aider à une meilleure connaissance, du matériel en usage par la population algérienne, au début du siècle dernier". Parmi les objets acquis, nous citerons une série de pièces datant du 20e siècle en poterie dont une "Thaboukalt" (petite cruche) provenant de la région de Lakhdaria et un "Amasvah" (bougeoir) de la région de Tizi-Ouzou. Sont inclus aussi des objets en cuivre notamment un "Beqradj" d'Alger, datant du début du 20e siècle (un encensoir surmonté d'une coupelle, agrémenté d'un couvercle ajouré en dôme), et deux lustres datant de 1920, avec au centre 7 éléments en forme de S décoré d'une fleur à pétales ouverte. Il y a aussi des "Zarbia" (tapis de sol) et "Henbel" (tenture-couverture) de l'époque contemporaine, qui proviendraient de Khenchela, Boussaâda, M'sila et de Tébessa.
Le fort de Santa Cruz qui domine majestueusement la ville d'Oran, vient d'être rouvert au public, après sa restauration. Construit en 1850 par le marquis de Santa Cruz, il reste l'une des plus importantes attractions d'El Bahia.
Après avoir perdu des centaines, peut être des milliers de pièces rien que depuis l'indépendance, par laxisme ou ignorance de la valeur de la chose, les contrôles sont maintenant plus sévères aux frontières. L'archéologie en Algérie est l'objet d'un trafic énorme de pièces en tout genre. Plusieurs vols ont été déjoués ces dernières années. Rien qu'à l'aéroport de Djanet (sud algérien), quelques 956 pièces archéologiques ont été récupérées par les services des Douanes l'an dernier. Durant la même période, les douaniers ont saisi 84 plantes protégées, 239 échantillons géologiques (50 kg sables, pierres...). Tout comme plusieurs objets volés ont été restitués à l'Algérie ces derniers temps.
A titre d'exemple les États-Unis ont restitué neuf découvertes archéologiques à l'Algérie, dont un buste en marbre de l'empereur romain Marcus Aurelius, datant du deuxième siècle après J.C. Il aurait été volé dans un musée de Skikda il y a douze ans.
Par KA et Mus
