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Le piratage informatique est-il désormais une donne irréversible en Algérie ? La menace sur les institutions et autres structures étatiques est-elle réelle ? L'Algérie dispose-t-elle d'une stratégie précise dans le domaine de la sécurité des systèmes d'information ?
Dossier réalisé par Abder Bettache
Il y a quelques jours, à l’occasion d’une rencontre promotionnelle de ses produits, le représentant d’une firme internationale spécialisée dans la sécurité des systèmes d’information avait déclaré que «les institutions et les entreprises économiques publiques ou privées sont sous la menace permanente des hackers». Les spécialistes de la question informatique sont aujourd’hui unanimes : l’Algérie est le premier pays de la zone arabe dans le piratage des logiciels informatiques, un marché où le téléchargement se banalise et où quelques hackers sont déjà aussi célèbres que redoutés. Le meilleur exemple est illustré par la capacité de ces «génies» de l’informatique à craquer les codes d’accès aux chaînes numériques satellitaires. Les hackers algériens ont même surclassé, il y a deux années, leurs «homologues» russes dans la course au décodage des chaînes de télévision satellitaires.
La généralisation du piratage a atteint des seuils record. L’organisation Business Software Alliance estime à ce sujet que le taux de piratage des logiciels en Algérie est évalué à 84%, la plaçant au premier rang dans le monde arabe. Ainsi, qu’il s’agisse des systèmes d’exploitation (Windows, notamment), des applications les plus ordinaires (Word, Excel, Photoshop, antivirus, etc.) ou des jeux et autres didacticiels, toutes les formes de piratage sont pratiquées en Algérie. «Le plus grave est quand cela prend la forme de la copie à l’identique, que l’on peut trouver sur les marchés asiatiques ou d’Europe de l’Est, ce qu’on appelle les logiciels craqués. Ces logiciels sont introduits par des réseaux internationaux aux compétences de piratage de haut niveau», souligne-t-on. Des chiffres rendus publics dans un rapport de conjoncture du Cnes, traitant de l’économie informelle (2004) font ressortir que «le piratage informatique emploie pas moins d’un million de personnes. C’est dire la dimension de ce marché qui représente une intersection entre une grande demande sur les produits autrement inaccessibles et un fort taux de chômage des jeunes». «Cela, d’autant que toute application des prix réels rendrait les logiciels les plus courants parfaitement prohibitifs ; tel aurait été le cas la décennie passée si la loi avait été appliquée, alors la fracture numérique qu’aurait subie l’Algérie aujourd’hui en aurait fait l’un des pays les plus sous-développés au monde», selon un informaticien exerçant dans une firme installée en Algérie en 1998.
Si notre pays est encore à la traîne en matière des TIC, il n’en demeure pas moins que les Algériens ont réussi à faire un saut qualitatif et quantitatif dans le monde du hacking. Selon des données diffusées par des organismes spécialisés, dont l’organisation Business Software Alliance, BSA, une association basée en France qui défend les droits des développeurs de logiciels propriétaires, et rapportées récemment par la presse nationale, «l’Algérie est en tête des pays arabes en matière de piratage». A ce titre, craquer les logiciels fait désormais des «mordus de l’informatique», le hacker algérien fait du décryptage des bouquets de télévision numériques sa spécialité. D’ailleurs, «sur un forum d’échange des codes d’accès aux bouquets numériques, les Algériens figurent en tête des visiteurs. Sur une moyenne de 40 000 visiteurs par jour, plus de 9 000 sont algériens. Ils font aussi dans le piratage des mots de passe en utilisant des logiciels connus dans ce domaine et qui existent sur le marché national. Parmi les coups les plus célèbres des hackers algériens, qu’ils soient établis ici ou ailleurs, on peut citer celui qui s’est surnommé «Maure». Ce hacker a réussi une performance jamais égalée : il a pu craquer l’ultra-sécurisé site internet de la Banque centrale d’Israël et a changé le contenu de la page d’accueil. Questions : les sites internet représentant des institutions de la république sont-ils aujourd’hui sous la menace des hackers ? Dispose-t-on de tous les moyens pour faire face en cas d’attaque des systèmes d’information en Algérie ? Sachant que concernant ces questions, l’on est peu informé. «On préfère garder le silence et éviter de faire le moindre commentaire que de dire que notre site a été piraté », confie Mourad, un informaticien qui s’apprête à s’installer au Canada dans le cadre de l’immigration choisie.
Source : Le soir d'Algérie
