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En terre d'Islam, c'est écrit.

15/05/2008 - Lu 1453 fois
En terre d\'Islam, c\'est écrit. Récemment, je lisais un journal sportif quand mon attention fut attirée par une interview d'un joueur de football. Le journaliste lui demandait les raisons de la défaite de son équipe (USM Annaba, équipe de division 1) face à la modeste équipe de l'USM Kolea, en coupe d'Algérie. Le joueur n'est pas allé chercher loin une explication, il a simplement dit "C'était écrit". Je suis resté bouche bée et je me suis dit qu'il fallait que j'écrive un article à ce sujet.

            Revenons d'abord à ce joueur de football. Soit Il ne connaît rien au football _même s'il le pratique_ au point d'ignorer jusqu'aux causes objectives (technique, tactiques, psychologie) de la défaite _ce dont je doute fort_. Ou alors, inconsciemment, il ne veut pas reconnaître, admettre, les erreurs, pour se disculper. Il est plus simple de faire endosser la défaite à Dieu, comme si c'était lui qui décidait de l'issue d'une simple rencontre de football. En fait, ce cas de figure _où le mektoub est mis en avant pour justifier, expliquer_ est omniprésent même chez les gouvernants. Ceux là, c'est clair, c'est à dessein, ils se moquent de nous. Ils cachent leurs incompétences, leurs erreurs, derrière la volonté divine. Quoi qu'il arrive, ce n'est jamais eux. Quand ils ne peuvent pas accuser le pauvre peuple, ils nous sortent le « c'était écrit ». C'est presque s’ils n’accusent pas Dieu d'être responsable de nos déboires et des catastrophes. N'est-ce pas blasphémer ?

            Lors des inondations de Bab-El-Oued à Alger en 2001, où des centaines de personnes ont péri ou disparu, sans compter les dégâts matériels, un de nos gouvernants s'est empressé de proclamer, presque officiellement, que « c'était écrit ». Une manière de disculper les pouvoirs publics et de détourner l'opinion publique des vraies causes. C'est comme s'il nous disait « Ce n'est pas nous, allez voir avec Dieu ». Pourtant, tout le monde sait que s'il n'y avait pas négligence humaine (grille du tunnel bouchée), les eaux n'auraient pas déferlé dans les rues de B-E-O. Du moins, pas en si grandes quantités.

            Lors du tremblement de terre de Boumerdès en 2003, le dernier, significatif, nous avons eu droit à la même réplique « C'était écrit ». Certes, le séisme en lui-même ne dépend pas de la volonté humaine, c'est un phénomène naturel, mais les constructions, si. Après le séisme d'El Asnam, en 1980, des mesures ont été prises pour que toutes les nouvelles constructions soient aux normes anti-sismiques. Mais on a vite fait d'oublier et les pouvoirs publics ont laissé faire. On ne pouvait empêcher le séisme de Boumerdès, mais bien des vies humaines auraient été épargnées si seulement les constructions avaient tenu. Là, l'erreur, la négligence sont bien humaines.

            Les exemples ne manquent pas où la volonté divine est mise en cause. A croire que Dieu n'arrête pas de s'acharner sur nous. Et le pauvre peuple s'y résigne, accepte le Mektoub devant lequel il se croit impuissant ! Comment peut-on avancer quand on se cache derrière la volonté divine ? Comment peut-on avancer quand on ne se donne même pas la peine de se creuser la cervelle ? Peut-être que pour beaucoup, la majorité, réfléchir donne des migraines car notre école n'apprend pas à réfléchir. Encore plus grave, comment peut on avancer quand on n'est peut-être pas conscient qu'à tout effet, il y a une cause qu'il faut seulement identifier. Ce n'est qu'ainsi qu'on peut remédier et avancer. Penser de la sorte enferme l'individu dans une totale inertie.

            Tout cela me fait penser à une autre expression qui précède dans l'usage la précédente. Il s'agit d'« In challah » (« Si Dieu le veut »). Pas de promesse, pas d'engagement, pas de rendez-vous, etc... Sans une condition : « Si Dieu le veut ». Si la promesse, l'engagement n'ont pas été tenus on vous dira « Allah Ghaleb » (« Dieu est plus fort, Dieu a eu le dernier mot, Il a décidé autrement). C'est ainsi que tout un chacun peut se disculper, s'en laver les mains. Il y a une échappatoire. Alors pourquoi se forcer à être sérieux, rigoureux...

            Le pire, c'est quand des responsables de l'état usent et abusent de l'expression. Ils envisagent, ils projettent, ils programment mais « Si Dieu le veut ». C'est comme si, à l'avance, ils voulaient se disculper au cas où rien n'aurait été fait. Dans ce cas, ils nous diront : « Ce n'était pas écrit ». Lui, il a bien voulu, mais Dieu en a décidé autrement. N'est-ce pas blasphémer quand on fait porter le chapeau à Dieu pour des choses que l'on n'a peut-être pas voulu vraiment faire ou sues faire ?

            Je crois que l'insuffisance du développement de l'homme musulman en général et arabe en particulier trouve, là, son explication. Seule une minorité échappe à ce constat pour des raisons que je n'évoquerais pas ici, car ce n'est pas l'objet de mon écrit. J'écrivais plus haut qu'on ne pouvait avancer, se développer, si l'on se cache systématiquement derrière la volonté divine. Le fait de subordonner la réalisation d'un projet ou de quoi que ce soit au bon vouloir de Dieu crée chez son promoteur comme une absence de conviction personnelle à le faire aboutir. A partir du moment où l'on avance « Si Dieu le veut », on se soumet à sa volonté qu'on attend qu'elle se manifeste. Alors, avec cet état d'esprit, la motivation, la volonté, l'effort nécessaire sont presque évacués. Et si l'on résonne ainsi, fatalement, ça ne sera pas écrit.

Pour conclure, cet état d'esprit produit un comportement caractérisé par l'attentisme, la résignation et même le fatalisme. Surtout quand on vous rajoute que c'est Dieu qui enrichit et appauvrit. Tant qu'on tournera le dos à la science, à la rationalité, à la curiosité pour s'accrocher à la volonté divine, nous ne serons pas sortis de l'auberge.

Par MUS. pour La-Kabylie.com

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