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La religion, Monsieur Ghoulamallah et la pluie

08/04/2008 - Lu 1844 fois
La religion, Monsieur Ghoulamallah et la pluie Ce récit m’a été inspiré par notre Ministre du culte qui a fait appel à l’accomplis serment d’une prière pour amener la pluie.

        Ma mère m’a raconté que durant la colonisation, avant la guerre, dans son hameau d’origine, comme dans beaucoup d’autres en Kabylie, les habitants accomplissaient un rituel pour faire tomber la pluie. Comme ils vivaient essentiellement d’agriculture et d’élevage, sécheresse signifiait famine et mort. Le rituel consistait à réunir tous les enfants auxquels on remettait des louches qu’ils maquillaient en fillettes. Ce jour là, le hameau connaissait une animation inhabituelle. Munis de dizaines de louches transformées en marionnettes pour la circonstance, ils faisaient le tour du hameau et des maisons environnantes. Ils tambourinaient et chantaient des paroles implorant la pluie de se déverser. Au cours de leur tournée, les enfants recevaient du couscous séché, des légumes secs… A la fin, on réunissait toute la nourriture pour préparer à manger pour la « baraka ». Les habitants partageaient ce repas qui était servi en plein air, dans de grands plats en terre cuite (djefna) et chacun devait amener sa propre cuillère. Comme par enchantement, d’après ma mère, 24 ou 48 heures après, des pluies torrentielles se déversaient. À ce jour, elle semble y croire, quoi que je lui dise.

        L’autre rituel, qui a existé jusqu’aux années 70, consistait à sacrifier un veau que l’on partageait à parts égales entre les foyers pour un bon couscous. Ce sacrifice était accompagné d’une prière à l’adresse de Dieu Tout Puissant pour que la terre soit arrosée. Ce rituel a été remplacé par une prière pour la pluie dans les mosquées. A ma connaissance, ces pratiques émanaient d’initiatives locales et donc n’avaient pas un cachet officiel.

        Ces dernières années, nous avons vu apparaître des appels officiels à la prière. Le dernier en date est celui de la mi-février 2008, où notre Ministre du culte a ordonné aux imams d’Algérie d’accomplir dans toutes les mosquées, avec les fidèles, le même jour, à la même heure (jeudi matin) une prière pour que Dieu Tout Puissant nous envoie la pluie. L’annonce a été faite le mardi matin, soit 48 heures avant. Tout le monde savait que la météo avait annoncé la pluie pour le week-end algérien (jeudi-vendredi). Il a plu comme prévu ce week-end là. La pluie a commencé à tomber le jeudi après minuit en Kabylie et même plutôt dans d’autres endroits. La pluie a anticipé sur la prière. Sous la pluie, les fidèles se pavanaient pour faire croire que c’était grâce à eux que la pluie est tombée, que s’ils ne veillaient pas sur le pauvre peuple, il cramerait sous la sécheresse. Juste après le week-end, la pluie a cessé, le soleil a fait sa réapparition, les températures ont grimpé anormalement pour la saison. Deux semaines après, nous avons eu droit à quelques jours de précipitations et même de neige.

        La question que je me pose c’est : pour qui nous prend M. Ghoulamallah, avec tout le respect que je lui dois, en tant que ministre ? Pour des dupes, sûrement. Le hic c’est qu’il y a des gens qui y croient sans se poser de questions. Il est vrai que chez nous, on ne se pose plus de questions, on se contente de croire à ce qu’on nous raconte, tout comme on décide de tout à notre place. Poser des questions, réfléchir donnent des migraines au peuple. Qu’un ministre de l’état lance un appel de ce genre, officiellement, montre combien Ghoulamallah a de respect pour nous. Agir de la sorte c’est considérer le peuple comme inculte et d’une naïveté extrême. Cela montre aussi combien des responsables de l’état se réfèrent à la volonté divine pour s’en laver les mains, pour justifier leurs échecs. Concernant l’eau, si on avait construit suffisamment de barrages et de retenues d’eau, on n’en serait pas là aujourd’hui à quémander de la pluie à Dieu Tout Puissant.

        Je ne vais pas clore cet écrit sans poser quelques questions à notre Ministre en supposant qu’il soit convaincu de ce qu’il a entrepris :

         Pourquoi donc les pays du Sahel, à majorité musulmane, où il ne pleut presque jamais, ne s’inspirent pas de vous pour mettre un terme à l’aridité de leurs terres ?

-         Pourquoi ne faites-vous pas cette prière en été pour adoucir les températures ? Vous feriez d’une pierre deux coups, nous éviter la canicule et surtout protéger nos forêts des incendies que la pluie empêcherait alors. Vous savez très bien que nos forêts vivent une véritable catastrophe écologique.

-         Pourquoi ne priez-vous donc pas aussi pour arrêter la pluie quand il y en a trop jusqu’à causer des dégâts aussi humains que matériels ?

-         Pourquoi ne priez-vous pas pour que Dieu Tout Puissant nous épargne des tremblements de terre à répétitions qui ne finissent pas de secouer notre pays ?

-         Pendant qu’on y est, pourquoi ne priez-vous pas pour que l’Algérie se porte mieux, par la grâce de Dieu. Ainsi, chaque jour, des dizaines d’enfants d’Algérie reviendraient au pays et non le contraire, des dizaines de harragas repêchés ou sauvés au large de nos côtes.

        Si Ghoulamallah, de grâce, ayez pitié de nous. Si vos prière peuvent vraiment amener la pluie, alors priez avec tous les fidèles pour épargner à notre peuplé tant de malheurs. Faites, je vous en conjure. Si vous ne pouvez pas, sachez que même si nous sommes musulmans, vous n’allez pas nous faire avaler une si grosse couleuvre car, Si Ghoulamallah, vous n’êtes pas ignorant pour confondre volonté divine et nature.

Par MUS. pour La-Kabylie.Com

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