Sur le plan opérationnel, les mesures prises par les autorités, ou celles préconisées par des experts pour mettre notre pays à l'abri des incidences de la crise, reposent pour l'essentiel sur les conditions d'une meilleure rentabilisation des modes de gestion de nos réserves de change même si, pour les besoins de la démonstration, la référence aux évolutions du marché pétrolier est quasi constante.
Mais les analyses développées à ce sujet n'ont toujours pas réussi à adosser l'approche officielle à une dynamique managériale prenant fondamentalement en compte les interdépendances des volets les plus sensibles de l'économie nationale dans leur exposition aux chocs externes.
Certains expliquent cette posture par le déficit en prospective que notre pays enregistre en la matière, les pouvoirs publics n'ayant pas élaboré une démarche globale qui leur permettrait d'appréhender les conjonctures économiques et financières extérieures non pas ponctuellement ni fébrilement mais structurellement, méthodiquement et posément. Parler de structure et de méthode en l'occurrence, c'est inscrire le traitement du thème considéré dans la durée, autrement dit dans un cadre organisé et aux missions clairement définies.
Elargir la concertation technique
II s'agit de concevoir une vraie politique de veille stratégique en l'articulant autour d'une organisation associant, au niveau hiérarchique le plus indiqué, les institutions concernées (ministère
des Finances, Banque d'Algérie, banques commerciales, assurances, douanes, commerce...) pour les concertations techniques les plus performantes et les plus profitables à l'Algérie.
Le caractère cyclique des problèmes financiers internationaux plaide pour une telle démarche qui vise à intégrer le traitement de ces derniers dans un cadre institutionnel approprié. Par ailleurs, seule une approche sérieusement structurée en ce sens serait à même de lever la contradiction marquant la position formelle de l'Etat, dont on sait qu'elle se fonde sur un discours positionnant notre économie dans la mondialisation, mais dont la traduction sur le terrain reste encore techniquement insuffisante en matière de prévention des risques extérieurs.
La récurrence mais aussi le retentissement mondial des tensions qui secouent la sphère financière internationale sont tels qu'ils devraient inciter l'Etat à rompre avec l'attitude sinon attentiste du moins minimaliste qui consiste à croire que notre économie, parce que faiblement insérée dans la globalisation financière, n'est pas vraiment touchée par ces événements. Il y a là manifestement une déficience à laquelle les autorités gagneraient à remédier pour limiter les risques que le pays est d'ailleurs en train de subir, ne serait-ce que dans ses importations dont les surcoûts exorbitants ne sont pas imputables qu'à un accroissement de la demande nationale ou à la dépréciation du dollar face à l'euro.
Eclairer les décisions de l'Etat
La structure appelée à mettre en œuvre la veille stratégique aurait donc non seulement à passer en revue toutes les questions qu'une observation critique de la crise financière est susceptible de soulever dans ses répercussions nationales et internationales, mais également à émettre des propositions concrètes de nature à éclairer les décisions de l'Etat à court, moyen et long terme.
Dans ce cadre, on examinerait avec intérêt le type, la nature et l'ampleur des points d'impact de la crise sur l'Algérie, particulièrement sur ses revenus extérieurs, son commerce extérieur, ses assurances, son pouvoir d'achat, sa capacité de négociation, ses modalités de transfert de capitaux, sa politique d'investissement.
La sécurité financière mérite, elle aussi, une attention particulière, notamment dans ses applications liées aux systèmes de contrôle et à l'évaluation des risques spécifiques (risque d'aggravation de la fuite de capitaux, de cession ou de conversion d'actifs, de blanchiment d'argent).
Agir sur le réel
Une politique de surveillance des risques ne se limite pas à des diagnostics théoriques, elle doit aussi pouvoir agir sur le réel et, pour ce faire, se traduire par des préconisations sur la gestion des moyens de paiement extérieurs, la coopération économique et commerciale, la politique économique interne, les réformes.
Les mesures envisageables dans une telle perspective n'auraient de sens que matérialisées par des dispositions opérationnelles immédiates ou à court terme (préventives, conservatoires, financières, commerciales...) et stratégiques, à moyen et long terme.
L'interactivité et la pluridisciplinarité devraient caractériser l'encadrement de la veille stratégique pour conférer aux travaux à réaliser crédibilité, objectivité et qualité.
Des initiatives devraient donc être prises en ce sens dans les délais les plus opportuns et en tout cas avant l'avènement d'autres circonstances exceptionnelles en rapport avec les marchés extérieurs qui pourraient contrarier bien des objectifs du développement national. La Sonatrach a pris en charge cette exigence d'anticipation pour ses activités en décidant de créer un comité du risque commercial, ce qui est tout à fait judicieux. C'est précisément cet exemple qui devrait non seulement inspirer le secteur financier et commercial pour des projections comparables, mais générer une politique nationale de l'intelligence économique pour une gestion préventive des risques d'origine externe et de leurs diverses répercussions.
Lamine Bey Chikhi
Source : Le jeune Indépendant