Depuis qu'il est redevenu Premier ministre, Ouyahia tente désespérément de prendre une place dans nos vies, comme un amant rejeté qui souhaite reconquérir nos cœurs. Aussi passe-t-il son temps à nous faire des déclarations.
Que plus personne ne sache quels mots il faut murmurer au peuple algérien pour l'émouvoir et pour s'attirer ses faveurs, c'est une évidence qu'il n'est pas utile de démontrer. Alors tous les tons sont bons pour que fassions attention à ce pouvoir. Même si la tension était déjà là.
Il y a quelques jours, Ouyahia déclarait, revêtant le costume de la victime qu'il aime tant et qui pourtant lui va si mal - on pourrait dire qu'il est trop juste pour lui, mais en fait il est juste trop faux - que les journalistes exagéraient l'ampleur des actes terroristes. Il y a dix ans, le terrorisme était résiduel, en 2008 il n'a pas d'ampleur. Les dizaines de morts ne sont sans doute qu'un détail, ce qui ne m'étonne guère lorsque l'on vit "sous haute sécurité". Cette déclaration n'est que de la haute trahison, mais cela, nous le savions déjà.
Lors d'un nouveau discours qui a beaucoup fait parler de lui dans la presse, il nous a appris que la Constitution serait bientôt amendée pour laisser la voie libre à une nouvelle candidature de Boutef, candidature qu'il souhaite bien évidemment, au même titre que son prédécesseur, et que le prédécesseur de son prédécesseur, qui n'est autre que lui, ainsi la boucle est bouclée. Un scoop qui n'en est pas un, qui devrait sans doute calmer notre fièvre, nous qui vivions dans le doute. Merci de soulager nos consciences éveillées.
Enfin, il nous a expliqué récemment que la baisse du prix du baril de pétrole pourrait mettre l'Algérie en danger. Il est vrai que pour le moment elle est hors de danger. Et il est vrai également que la hausse du prix du pétrole a changé nos vies. Peut-être le but de la manœuvre est-il de nous inquiéter et de nous murmurer à demi-mot, au cas où nous l'aurions oublié, que si nous avons quelques griefs à exprimer, il vaut mieux les taire puisque la menace de la chute de nos revenus est en train de poindre à l'horizon. Mais malheureusement, nous ne nous sentons plus concernés par cette question. Dans ce pays, l'argent va à l'argent et nous sommes des mendiants.
Alors en cette saison où la patience est en perpétuelle crise d'hypoglycémie, je pense qu'il est bon d'être avare de déclarations.
Ouyahia, silence ! On tourne.
En rond.
Par Nanou pour La-kabylie.com