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Algérie : Surproduction et chute des prix

29/07/2008 - Lu 869 fois
Algérie : Surproduction et chute des prix La pomme, tout comme la pomme de terre, ont vu toutes deux leur cours s’effondrer sur le marché des produits verts. Mais il n’y a pas qu’elles. Un large éventail de légumes en particulier a suivi la chute, à la satisfaction des ménages mais au grand dam des agriculteurs.

L’idée, au départ, était de réaliser une enquête reportage sur l’affaissement, observé ces derniers jours, du cours de la pomme proposée sur le marché du détail entre 20 et 50 dinars, alors que durant les autres périodes de l’année celui-ci peut atteindre et même largement dépasser les 200 dinars. Pour connaître les raisons de cette situation, il est apparu utile de se rendre au marché de gros des Eucalyptus, où s’approvisionnent habituellement une majorité de détaillants de produits verts de la wilaya d’Alger. C’est un spectacle misérabiliste que donne à voir cet endroit censé être le ventre de la capitale qui, territorialement, relève de la commune dont il a emprunté le nom.

La route qui y conduit est abîmée tout le long, mettant à rude épreuve les essieux des véhicules lourdement chargés qui l’empruntent chaque fois. Les bâtiments et les carreaux des mandataires qui y sont abrités, tout autant que ceux dans lesquels sont situés les services de l’administration, offrent tous le même spectacle d’abandon, de désolation et d’absence d’entretien. Les allées desservant les lieux de vente et d’achat sont défoncées.

Les sortes de quais, à proximité desquels les camions viennent se ranger pour décharger ou charger leurs cargaisons de légumes et de fruits sont aussi endommagés.

D’autre part, les énormes voûtes, de part et d’autre desquelles sont situées les carreaux des mandataires, sont plongées dans une semi-obscurité, en raison d’un éclairage défectueux. Les locataires des lieux indiquent qu’il n’existe pas de services de nettoiement.

De plus, en raison de l’absence d’eau, ils disent être contraints de s’approvisionner de l’extérieur pour procéder, de temps à autre, au lavage de leurs entrepôts.

Selon des personnes rencontrées sur place, ce marché, constitué sous la forme d’une entreprise publique industrielle et commerciale, (EPIC), a vu défiler trois directeurs en peu de temps. Celui qui l’administre actuellement ne serait qu’un intérimaire.

La faute imputée à un climat favorable 

Comme l’idée était de développer le sujet relatif aux pommes, on se met en charge de parcourir, les uns après les autres, les carreaux dont on s’aperçoit qu’une majorité abritent des quantités considérable de ce fruit symbole du pécher originel.

Il y en a de diverses variétés et de différentes tailles alignées, côte à côte, dans de petites cagettes que des manutentionnaires s’attachent, sans arrêt,  à charger ou à décharger des véhicules qui continuent d’arriver sur les lieux. Au moment de prendre langue avec le locataire d’un magasin, celui-ci nous conseille de nous adresser au président de l’Association des mandataires, El Hadj Medjeber. Ce dernier est absent. La discussion s’engage avec son fils, qui s’occupe à ce moment de gérer les affaires à sa place. Il se met en devoir d’expliquer les raisons qui, selon lui, sont à l’origine des fluctuations qu’a connues, en peu de temps, ce fruit très prisé que des personnes achètent souvent lorsqu’ils s’en vont visiter des proches ou bien des personnes malades. En même temps que d’autres mandataires qui l’entourent, il dit que l’exceptionnelle production observée, cette année en particulier, a été facilitée par un climat favorable, marqué par une bonne pluviométrie intervenue au moment propice. «Si de telles quantités sont arrivées en même temps sur le marché, précise-t-il, c’est parce que les producteurs qui avaient pour habitude d’en stocker des gros tonnages dans les chambres froides, en prévision des autres périodes de l’année, n’ont pas pu réussir à le faire cette fois. Ils se sont trouvés piégés par la  production inaccoutumée de pomme de terre dont les autorités ont fait mobiliser la majorité des entrepôts frigorifiques pour pouvoir en stocker un maximum et, ainsi, faire en sorte de réguler le marché durant les moments où ce produit alimentaire stratégique diminue sur le marché du détail».  Le débat glisse alors sur la pomme de terre. Un producteur, qui se trouve être en même temps mandataire, déclare avoir perdu plusieurs dizaines de millions, (anciens), des suites de la chute des cours de ce fécule. «Sur les 20 hectares que j’avais plantés, j’en ai, déclare-t-il, récolté environ 60% que j’ai vendu à raison de 10 dinars le kilogramme. La semence, à elle seule, m’a coûté 120 dinars le kilogramme. En faisant mes calculs j’ai découvert que j’avais perdu 40% de la somme que j’avais investie au départ. C’est sûr que je ne me hasarderai plus à produire de la pomme de terre». Quand on lui demande pourquoi il n’a pas stocké sa production, il répond qu’il lui a été difficile de trouver de l’espace pour le faire parce que les chambres froides ont toutes été prises d’assaut. Quelqu’un, dans le groupe qui s’est constitué, s’écrit qu’il n’y a pas que la pomme de terre qui en a pris un coup question prix. «Elle a précipité dans sa chute tous les autres légumes» déclare-t-il. Et de poursuivre : «Regardez la tomate dont le prix de gros est descendu jusqu’à 3 dinars le kilogramme, ou bien l’aubergine vendue à 3,5 dinars, les poivrons 10 dinars et jusqu’aux haricots verts qui, par le passé avaient toujours gardé une certaine côte, ont été cédés récemment à 7 dinars le kilogramme». Un autre évoque alors la courgette qui, en matière de prix, connaît aussi des hauts et des bas. Son cours, durant l’été, oscille au fil des jours. «C’est par rapport aux fêtes» dit un marchand. «Son prix commence à grimper à partir de lundi jusqu’à vendredi pour retomber aussitôt et ainsi de suite».

Plus facile de trouver du kif que de l’engrais

Un autre intervenant s’invite dans la discussion. Il paraît très en colère. Il déclare être producteur de pomme et affirme ne pas comprendre qu’il lui soit difficile de trouver des engrais dont il a besoin pour ses cultures.  Selon lui, cette pénurie aurait engendré un immense trafic. «Il est plus facile, poursuit-il, de se procurer du kif que quelques sacs d’engrais vendus sous le manteau entre 7 500 et 8 500 dinars le quintal. C’est une honte».  A propos de la cueillette des fruits, il signale que beaucoup de propriétaires de vergers  ont préféré laisser pourrir leurs fruits sur les arbres plutôt que de les cueillir. Haddad indique que pour procéder à l’enlèvement des belles pommes qu’il a amenées au marché de gros, il a du pour cela embaucher 20 personnes payées 500 dinars chacune pour un travail effectué, généralement, entre 6 et 10 heures du matin. «J’obtiens environ 300 caissettes chargées de fruits représentant globalement l’équivalent du chargement d’un camion de deux tonnes. Je ne vous parlerai pas des sommes engagées avant que n’intervienne le moment de la récolte, (engrais, traitement contre les parasites, irrigation,…). Et en plus d’avoir payé les frais de transport, lorsque j’amène cette quantité pour la vendre au marché, qu’est-ce qu’on m’en donne : 20 000 dinars !  Trouver le courage de travailler avec ça !».    

Au moment de quitter l’endroit, une personne nous demande d’aller jeter un coup d’œil dans un magasin situé un peu plus loin en ajoutant : «A un moment où nous produisons des pommes en grosse quantité, des importateurs croient intelligent d’en ramener de Belgique, de France, d’Espagne et du Liban». Dans le local désigné, sont effectivement rangés, les uns entassés sur les autres, des emballages en carton contenant des pommes à la couleur cramoisie. De moindre dimension et de moins belle allure que celles du pays, proposées à la ronde, le vendeur en demande 155 dinars par kilogramme. C’est vrai qu’elles viennent de l’étranger. Cela devrait leur donner une certaine aura. Les indications portées sur l’emballage mentionnent qu’elles ont été récoltées en Patagonie, une vaste région agricole d’Argentine.

Produire des fruits à la place du blé

Un peu plus tard, sur la route reliant la commune des Eucalyptus, dont les constructions persistent à rogner sur les superficies agricoles environnantes et la ville de l’Arba, aux pieds de l’Atlas blidéen, en plein milieu de la Mitidja, l’arrêt est marqué devant une importante pommeraie. Les branches de tous les arbres plient, jusqu’à terre, sous le poids de fruits volumineux. En dessous le sol est jonché de quantité de pommes en train de pourrir. De l’autre côté d’une large bande de terre découverte formant piste, il y a un autre verger planté de poiriers, que des ouvriers s’occupent de débarrasser de leur production.

Celui qui semble être le chef de l’équipe des cueilleurs arrive. Il explique que les deux champs appartiennent à des propriétaires différents et qu’auparavant toute cette partie de terre appartenait à l’ancien domaine agricole Ismaïl Rabah. Il confirme également que les travaux sont payés 500 dinars la journée et que les opérations de cueillette se déroulent entre 6  et 10 h du matin.

«Au-delà, précise-t-il, il fait trop chaud». Questionnés de savoir pourquoi les pommes n’ont pas été récoltées, il indique que c’est en raison de la chute de leur prix sur le marché. «Il en coûtera plus cher de les enlever de l’arbre et de les transporter que des bénéfices qu’on peut en tirer». Sur la lancée il rappelle que par le passé toute cette zone ainsi que les superficies environnantes étaient consacrées à la céréaliculture.

«A un moment, on a encouragé les agriculteurs à se lancer dans l’arboriculture parce que, leur avait-on affirmé, ça sera plus rentable pour eux, et voilà le résultat. Je me rappelle qu’à une période on avait également demandé aux agriculteurs d’arracher la vigne pour produire des céréales à la place».

Un peu plus loin, visite au marché de gros des fruits et légumes de Bougara. En vérité, il est particulièrement malaisé de décrire cet endroit dont la gestion relève de l’APC. Si ce n’est le petit réduit abritant l’administration, il n’y a pas, à proprement parler, de bâtiments en dur. Le reste est constitué d’un alignement parallèle de sortes d’immenses baraques collées aux autres, sur un immenses terre plein. Pour y pénétrer il faut s’acquitter d’un droit d’entrée. Il y a malgré tout, ici et là, installées dans des locaux crasseux ou sous des abris de fortune, en dehors des règles élémentaires d’hygiène, toutes sortes de commodités : des gargotes, des endroits pour téléphoner, un coiffeur et jusqu’à des marchands de pièces détachées de véhicules.

Le propriétaire de l’un des baraquements observe, lui aussi, que l’importante production de fruits et de légumes engrangée cette année aurait influé sur les prix à la baisse de ces produits. Il prédit même que les consommateurs risquent d’en subir un retour de manivelle dans quelques semaines parce que, selon ses dires, beaucoup de travailleurs de la terre, parmi les plus modestes, se sont trouvés découragés. Lui aussi fait état des difficultés des producteurs de pomme et de pomme de terre, en particulier, à trouver un endroit pour stocker en froid. «Arrivés tous en même temps sur le marché, tous ont rencontré les mêmes problèmes liés au déficit d’emballage dont le prix à l’unité est passé, en peu de temps, de 150 à 200 DA l’unité».

Loin de toutes ces considérations qui semblent entièrement le dépasser, le consommateur a lieu d’être satisfait de constater que les produits frais lui sont, enfin, devenus plus accessibles. Inconsciemment, peut-être, il sait que tout cela ne va probablement pas durer. Inquiet, il voit s’approcher la période du ramadan annonciatrice d’une flambée qui, chaque année à l’occasion de la célébration de cet anniversaire religieux, ne s’est jamais démentie.      

Ahmed Mahieddine
Source : Le jour d'Algérie

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